Explication de texte : La culture en mouvement - Marc Augé

Publié le 31 Octobre 2012

 

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Texte


Il n'y a pas au sens strict de culture individuelle ; toute culture est une culture d'emprunt : il faut l'acquérir. Elle est le résultat d'une sorte de négociation. La culture, par définition, implique le rapport à autrui : le rapport à l'histoire, à l'entourage, à la société et au monde. On peut dire de la culture ce que l'on peut dire de toute identité individuelle ou collective : elle se construit à l'épreuve des autres. Pas de culture sans emprunt ; l'élitisme individuel devient donc contradictoire s'il est poussé à l'extrême. Mais il n'y a pas de culture nature non plus : pas de culture par simple imprégnation, pas de culture empreinte, pas de culture qui doive tout aux cieux d'Île-de-France ou de la Loire, à la lumière méditerranéenne ou aux couleurs des Tropiques...Ce spontanéisme culturel¹ n'est au contraire évoqué dans les pires cas, que pour s'opposer à d'autres, les nier ou les éliminer et interrompre ainsi le processus infini de mise à l'épreuve de la différence, de l'altérité et de l'ailleurs qui est constitutif de toute identité culturelle. Pour reprendre les termes de notre débat, je dirai que la vie de la culture, sous quelqu'angle qu'on l'envisage, est animée par le déplacement qu'elle ne cesse d'effectuer [...]  Ce déplacement, c'est le double déplacement de soi vers l'autre et de l'autre vers soi faute duquel il n'y a plus ni soi ni autre.

 

Note 1 : Spontanéisme culturel : La culture serait l'empreinte spontanée, la marque immédiate d'une communauté humaine, son identité propre.

 

Marc Augé "Culture et déplacement",

in L'université de tous les savoirs, Qu'est-ce que la culture ?, ed. Odile Jacob, 2001

(Manuel de Philosophie P. Rosenberg, A. Sage, p. 73)

 

Marc Augé (1935) Marc Augé a présidé l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de 1985 à 1995, et s'est fait connaître du grand public par des ouvrages portant sur différents aspects de notre modernité. Ainsi il s'est particulièrement intéressé à ce qu'il appelle lui-même les "non-lieux" comme les gares, les aéroports, le métro, les grandes surfaces, les chaînes hôtelières...lieux nécessaires à la circulation des individus mais lieux paradoxaux où l'individu décline son identité tout en étant pris dans des relations d'anonymat.

 

Questions

 

1. Quelle est l'idée générale du texte et quelles sont les étapes du raisonnement ?

 

2. Expliquez : 

• " l'élitisme individuel devient contradictoire s'il est poussé à l'extrême"

• "pas de culture par simple imprégnation, pas de culture empreinte"

 

3. Repères identité/égalité/différence³

L'auteur explique que la constitution d'une identité culturelle passe par la relation à d'autres cultures, relation qu'il qualifie de "mise à l'épreuve". Cette expression vous paraît-elle fondée et, si oui, à quels aspects de la culture peut-elle plus particulièrement s'appliquer ?

 

Note 3 : Dans le Manuel p 273 : Identité/égalité/différence

La notion d'égalité ne doit pas être confondue avec celle d'identité car la première peut s'accompagner de l'idée de différence alors que la seconde refuse cette même idée. Par exemple, si nous affirmons que les citoyens ont des droits égaux, cela ne signifie nullement qu'ils sont identiques.

identité : c'est le fait d'être le même qu'une autre chose, sans distinction possible. Ce qui est identique n'est pas seulement ressemblant. En logique le principe d'identité (A=A) est une règle fondamentale de tout raisonnement car il en permet la cohérence (si A≠ A, aucun raisonnement n'est possible). L'identité est aussi ce qui permet de qualifier une personne ou une chose comme étant unique et qui demeure à travaers le temps (le nom et le prénom figurant sur la carte d'identité )  (Manuel p. 273)

égalité : en mathématique, désigne un rapport entre deux grandeurs qui sont parfaitement substituables (2X8 = 4X4)

Dans le domaine juridique, principe selon lequel tout individu bénéficie des mêmes droits et obligations. On distingue parfois cette égalité juridique de l'égalité réelle, car la première peut masquer une inégalité dans les faits. (manuel p. 270)

Différence : pprincipe de distinction entre deux réalités. La différence peut être quantitative (un kilogramme de tomates est différent de deux kilogrammes du même produit) et/ou qualitative, c'est-à-dire du point de vue de la nature des réalités comparées (un chien est différent d'une chaise) (Manuel, p. 270)

 

4. Sujet de réflexion

La diversité des cultures est-elle un obstacle à l'entente entre les hommes ?

 

 

fiche méthodeExplication de texte : La culture en mouvement - Marc Augé

mots clés : culture, identité, égalité, différence

Rédigé par Aline Louangvannasy

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