MARX : Les concepts fondamentaux du Capital

Publié le 6 Février 2013

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      Séminaire "Marx aujourd'hui" - séance du 31/01/2013

 

 

 

 I. LA MARCHANDISE 

 

Le premier chapitre du Livre I du Capital de Marx débute  par une analyse de la marchandise, forme « cellulaire fondamentale »  du mode de production capitaliste.

 

« La richesse des sociétés dans les quelles règne le mode de production capitaliste s’annonce comme une immense accumulation de marchandises. L’analyse de la marchandise, forme élémentaire de cette richesse sera par conséquent le point de départ de nos recherches. »

 

 

1. Les deux formes phénoménales de la marchandise

 

La marchandise se manifeste généralement à nous sous deux formes, selon que nous  la considérons sous l’angle de la qualité ou sous l’angle de la quantité:

 

-1) Si nous considérons une marchandise sous l’angle de la qualité, celle-ci se présente à nous sous la forme d’un objet possédant des propriétés physiques, permettant « de satisfaire des besoins humains de n’importe quelle espèce. Que ces besoins aient pour l’origine l’estomac ou la fantaisie, leur nature ne change rien à l’affaire ».

 

Sous cette forme,  on dira que l’utilité d’une marchandise, la définit comme une valeur d’usage. En précisant bien que « la valeur d’usage ne se réalise que l’usage ou la consommation ».

 

Les marchandises, considérées sous cet aspect purement qualitatif comme étant destinées à satisfaire des besoins humains (qu’ils soient nécessaires ou superflus), constituent la matière de la Richesse.

 

 

-2)  Dans la société actuelle, la marchandise considérée comme valeur d’usage, est en même temps le support matériel de sa valeur d’échange.

 

En plus de ses propriétés physiques particulières la marchandise possède une autre propriété qui est celle de pouvoir être échangée.

 

« La valeur d’échange d’une marchandise apparaît d’abord comme le rapport quantitatif  ou comme la proportion dans laquelle des valeurs d’usage d’espèce différente, s’échangent l’une contre l’autre, rapport qui change constamment avec le temps et le lieu. »

 

Au début de son analyse, Marx donc reprend donc la distinction des économistes classiques entre valeur d’usage et valeur d’échange : la valeur désigne les caractéristiques physico-naturelles des marchandises, la valeur d’échange, le rapport selon lequel elles s’échangent.

 

Cependant s’il reprend cette distinction c’est pour pouvoir la dépasser en introduisant une nouvelle catégorie, celle de la valeur, considérée de façon distincte de la valeur d’échange.

 

« La valeur d’échange semble donc être quelque chose d’arbitraire et de purement relatif ; une valeur d’échange intrinsèque, immanente à la marchandise, paraît être, comme dit l’école, une contradictio in adjecto. Considérons la  chose de plus près .»

 

C’est ici que commence véritablement l’analyse de Marx.

 

 

2. La valeur 

 

Le concept de valeur est d’abord introduit d’une manière un peu formelle, comme un mouvement purement logique à partir de l’énigme que représente l’équation de la valeur d’échange des marchandises A et des marchandises B :

 

Quantité x de marchandises A = quantité y de marchandises B

 

Pour que cette équation ait un sens, il faut que les quantités de valeurs d’usage A et B  soient réputées égales ; il faut au préalable établir un principe d’équivalence  entre ces marchandises, autrement dit réduire les qualités spécifiques de leurs valeurs d’usage à une substance commune, leur valeur. Ce qui permet d’écrire une égalité entre quantité de marchandises, c’est qu’elles possèdent une qualité intrinsèque, celle d’être des valeurs, ceci indépendamment de l’échange.

 

« Prenons encore deux marchandises, soit du froment et du fer. Quel que soit leur rapport d’échange, il peut toujours être représenté par une équation dans laquelle une quantité donnée de froment est réputée égale à une quantité quelconque de fer. Par exemple : 1 quarteron de froment = a kilogramme de fer. Que signifie cette équation ? C’est que dans deux objets différents, dans un quarteron de froment et dans a kilogramme de fer, il existe quelque chose de commun. Les deux objets sont donc égaux à un troisième, qui par lui-même n’est ni l’un ni l’autre. Chacun des deux doit, en tant que valeur d’échange,  être réductible au troisième, indépendamment de l’autre.»

 

• Quelle est alors la nature de cette valeur des marchandises ?

 

« Ce quelque chose de commun ne peut être une propriété naturelle quelconque, géométrique, physique, chimique, etc., des marchandises. Leurs qualités naturelles n’entrent en considération qu’autant qu’elles leur donnent une utilité qui en fait des valeurs d’usage. Mais d’un autre côté il est évident que l’on fait abstraction de la valeur d’usage des marchandises quand on les échange et que tout rapport d’échange est même caractérisé par cette abstraction. Dans l’échange une valeur d’utilité vaut précisément autant que tout autre, pourvu qu’elle se trouve en proportion convenable. Ou bien comme le dit le vieux Barbon : « une espèce de marchandise est aussi bonne qu’une autre, quand sa valeur d’échange est égale ; il n’ y  a aucune différence, aucune distinction dans les choses chez lesquelles cette valeur est la même. » Comme valeurs d’usage, les marchandises sont avant tout de qualité différentes, comme valeurs d’échange, elles ne peuvent être que de différentes quantité ».


« La valeur d’usage des marchandises une fois mises de côté, il ne leur reste plus qu’une qualité, celle d’être des produits du travail. Mais déjà le produit du travail est métamorphosé à notre insu. Si nous faisons abstraction de sa valeur d’usage, tous les éléments matériels et formels qui lui donnaient cette valeur disparaissent à la fois. Ce n’est plus par exemple une table, ou une maison, ou du fil, ou un objet utile quelconque ; ce n’est pas non plus le produit du travail du tourneur, du maçon, de n’importe quel travail productif déterminé.  Avec les caractères utiles particuliers du travail disparaissent en même temps, et le caractère utile des travaux qui y sont contenus, et les formes concrètes diverses qui distinguent une espèce de travail d’une autre espèce. Il ne reste donc plus que le caractère commun de ces travaux ; ils sont tous ramenés au même travail humain, à une dépense de force humaine de travail sans égard à la  forme particulière  sous laquelle cette force a été dépensée.  »

 

Ce qui fait la valeur d’une marchandise c’est qu’elle possède comme caractéristique d’être un produit du travail. Mais ici Marx opère une nouvelle distinction qui se superpose à la distinction entre valeur d’usage et valeur d’échange d’une marchandise, puisqu’il distingue le travail concret  du travail social abstrait.

 

3. Le travail social abstrait

 

La valeur d’une marchandise est définie par le travail social abstrait, c’est-à-dire le temps de travail socialement nécessaire à la production des marchandises, un travail abstrait uniforme, simple dépense d’énergie humaine, s’opposant au travail concret, producteur de valeurs d’usage. Ce processus d’abstraction est identique à celui qui fait disparaître les différences qualitatives des marchandises (valeurs d’usage) pour les homogénéiser sous la forme de grandeurs d’une même substance.

 

Ce n’est donc qu’après avoir défini logiquement et socialement la valeur, que l’on peut introduire la valeur d’échange. La valeur d’échange est la forme phénoménale de la valeur (la façon dont celle-ci se manifeste à nous).

 

 

4. La contradiction de la marchandise

 

Les deux formes phénoménales de la marchandise : la valeur d’usage et la valeur d’échange, cachent une contradiction interne essentielle de la marchandise.

 

Comme valeur d’usage, la marchandise a une utilité. Elle répond  des besoins humains et  sociaux. Comme valeur d’échange, elle résulte d’une dépense de travail humain moyen.

 

Le but du producteur, dans une production marchande simple (fin du Moyen-Âge), c’est de réaliser sur le marché la valeur de la marchandise. Il a donc besoin de l’échange, il produit pour ce dernier, il ne produit pas avec l’idée qu’il va satisfaire les besoins des autres.

D’un autre côté il doit trouver un acquéreur pour sa marchandise, celle-ci doit donc correspondre à un besoin social, elle doit posséder une valeur d’usage. Du coup si l’échange n’a pas lieu le caractère utile socialement de la marchandise et du travail ne va pas être vérifié. Le travail aura donc été effectué en vain. L’échange permet d’affirmer le caractère utile socialement du travail.

Le but de la production marchande étant l’échange, et non la satisfaction des besoins, il y a un risque de discordance entre le besoin réel, et la production elle- même. Le problème est que s’il n’y a pas d’échange le travail privé sera effectué en vain, il ne sera pas légitimé comme un maillon du travail social.


• Les mouvements de la valeur d’échange reflètent la contradiction de la marchandise : 

- La valeur d’une marchandise, sa substance, n’apparaît pas à la surface des choses. Ce qui apparaît sur le marché c’est la valeur d’échange. Cette valeur d’échange est une manifestation de la valeur. Elle va tourner autour de la valeur, soit inférieure soit supérieure, selon la loi de l’offre et de la demande. Si la marchandise correspond à un besoin social et qu’elle est demandée, la valeur d’échange va monter au-dessus de la valeur, ou quand il y a surproduction la valeur d’échange  va s’effondrer.

 

- De même, la nécessité d’élargir les échanges va inciter les producteurs à développer les progrès technologiques. Mais cela va les inciter également à mettre trop de marchandises sur le marché, sans se préoccuper de savoir si elles correspondent à un besoin social. À cause des progrès de la productivité, la valeur va diminuer, en même temps que plus de valeurs d’usage sont produites et mises sur le marché. Alors, la valeur d’échange s’effondre. Le travail privé ne sera plus légitimé comme utile socialement, et donc on va assister à des destructions de marchandises, à des crises.  

 

 

5. Les rapports sociaux au coeur de la production marchande .

 

Alors que les économistes néo-classiques étudient la marchandise et le marché et laissent de côté les rapports sociaux, la définition de la valeur par le travail social abstrait incorporé dans une marchandise, permet à Marx de réintègrer l'étude des rapports sociaux au cœur même de la production.

 

Derrière l’objet « marchandise » qui s’échange  sur un marché se trouvent non seulement les besoins sociaux et les rapports sociaux de consommation, mais aussi les rapports sociaux entre les hommes producteurs de ces marchandises et les hommes propriétaires de ces marchandises (indépendamment de l’utilité ou de l’usage de ces marchandises).

 

[II.  La formation de la plus -value]

 

 

 

 

mots clés : marchandise, contradiction de la marchandise, valeur d'usage, valeur d'échange, travail, travail social abstrait.

 

Rédigé par Aline Louangvannasy

Publié dans #séminaire Marx aujourd'hui

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