Cours - L'Allégorie de la Caverne, Platon (La république LVII)

Publié le 26 Octobre 2012

 

      "l'homme recommence à loger dans des cavernes mais... l'ouvrier ne les habite plus qu'à titre précaire et elles sont pour lui une puissance étrangère qui peuvent lui faire défaut d'un jour à l'autre, et il peut aussi d'un jour à l'autre en être expulsé s'il ne paie pas. Cette Maison de mort, il faut qu'il la paie."

K. Marx, Manuscrit de 1944

 

 

 

 

 

 

 

      Première étape : le monde de la caverne


"Imaginez , dit Socrate, des prisonniers dans une caverne souterraine, qui ont derrière eux un feu, et sont attachés d'une façon telle qu'ils ne puissent voir sur le mur d'en face, que les ombres de marionnettes manipulées au-dessus d'un mur situé dans leur dos".

Ils pensent qu'il n'y a rien d'autre à voir, que ces ombres sont réelles,  car ils ont toujours connu ce monde. Ils ne sont pas malheureux.

Ces prisonniers sont "semblables à nous", dit Socrate. La Caverne n'est pas l'état dégradé d'une société mauvaise. C'est la condition humaine. Même dans une société juste, nous commençons tous dans la Caverne.

Les ombres sur le mur de la caverne sont nos opinions et nos préjugés,  fondés sur notre expérience sensible et sur la force de l'habitude (représentés dans l'Allégorie par les chaînes qui entravent les prisonniers)


 

Deuxième étape : la libération   


On les libère de ses liens un prisonnier et on le force à se retourner vers la lumière du feu et vers les marionnettes dont les ombres se projettent sur le mur de la caverne. On force ensuite ce prisonnier à sortir de la caverne.


Le prisonnier qui n'était pas malheureux de son sort, qui n'avait pas connu autre chose que la pénombre de la caverne, ne comprend pas ce qui lui arrive, d'autant moins que ce "retournement" est douloureux et pénible. Ses yeux n'étant pas habitués à contempler autre chose que l'obscurité, il est ébloui et aveuglé par la moindre source de lumière. Cependant lorsque ces yeux se seront habitués et qu'il pourra distinguer les formes des marionnettes, il n'aura pas plus de repères, il  saura pas plus ce qui est réel, si ce sont les ombres de la caverne ou ces objets qui se présentent désormais à lui.


Sans repères, le prisonnier sera en proie à la confusion. Il s'emportera même contre quiconque chercherait à lui dire combien sa situation initiale était pitoyable. Il souhaitera d'ailleurs pouvoir y revenir.


 

 

 

De la même façon, une fois arrivé à la surface et à la lumière du jour, il sera tout d'abord éblouis et ne pourra supporter de voir les objets réels qu'au moyen de leurs reflets dans l'eau ou sur une surface opaque et polie, et de façon indirecte.

 

Ce n'est qu'ensuite au terme d'un long apprentissage, une fois que ses yeux se  seront accoutumés à la luminosité, qu'il pourra regarder ces objets directement, sous la lumière du soleil et pourra même tourner son  regard vers le soleil lui-même.

 

 

Le retour dans la caverne

 

Il faut se souvenir ici que pour Platon,  le but de la connaissance n'est pas la connaissance en elle-même mais la justice et le bonheur qu'elle procure concrètement.Tel est le sens de l'activité philosophique.

 

Cette connaissance à laquelle accède le philosophe n'a de sens que si celui-ci peut la partager avec les autres hommes et la mettre en pratique dans la Caverne. Une fois que le philosophe aura terminé sa formation et sera parvenu à la contemplation du Vrai, il retournera donc     dans la caverne pour expliquer aux hommes que leur monde est un monde d'illusions et de mensonges, un monde dans lequel le bonheur auquel ils croient accéder n'est lui aussi qu'une illusion destinée à les maintenir enchaînés.

 

Une telle révélation sera insupportable aux hommes de la caverne qui dans le meilleur des cas le traiteront comme un fou ou un original et refuseront de le croire, et dans le pire des cas le mettront à mort.


 

Interprétation de l'Allégorie


Dans ce texte Platon expose le pouvoir libérateur de la phisophie, comme pensée abstraite, qui conduit à la connaissance et au  discernement.

L'homme qui se met à penser  y est décrit comme celui qui rompt avec les liens de la conformité à l'expérience ordinaire et à  l'opinion reçue.

La progression vers l'état éclairé (vers la vérité) y est décrite comme un voyage de l'obscurité vers la lumière.  Après avoir été délivré de ses liens, celui qui remonte péniblement de la Caverne vers la surface doit fournir un effort maximal qui n'est pas sans douleur. Ce voyage prend la forme d'une conversion de l'individu dans tout son être, une conversion qu'il éprouve dans son corps et qui le transforme en profondeur. En effet, celui qui se met à faire usage de son  esprit, fait quelque chose pour lui-mêmes. Il prend soin de lui-même (ce qui est une des maximes socratiques : "Prends soin de toi").

 

• En parallèle, Platon dresse un tableau très pessimiste de ceux qui ne sont pas éclairés par la philosophie. Impuissants et passifs, ils sont manipulés par d'autres (les marionnettistes). Bien pire, ils sont habitués à cet état et ils l'aiment ( link), résistant à tout effort qui viserait à les en libérer. Leur satisfaction est une sorte de conscience aveugle de leur état car  ils ne peuvent même pas reconnaître la vérité de leur condition pour y réagir.

 

 

La théorie platonicienne de l'Être

 

Pour un élève de terminale, il n’est pas facile de comprendre la théorie platonicienne des Idées, tellement la représentation platonicienne  du monde physique, est éloignée de la conception de la nature  que nous avons héritée de la révolution galiléo-cartésienne du XVII° siècle. D'autant que pour Platon connaître ce n'est pas "rendre raison", ou produire un discours vrai sur l'Être, c'est contempler sans aucune médiation, éprouver, l'Être qui habite toutes choses. 

• Pour Platon ce qui est n'est pas  ce qui  nous apparaît. L'Être ne se réduit pas à ce  qui apparaît ou se qui se manifeste dans la perception (to phainoménon).

L'apparence est "habitée" par l'être mais elle n'en est qu'une copie ou une réalisation imparfaite et dégradée. Par exemple le cube de bois que je tiens dans ma main  n'est que la réalisation imparfaite de l'idée vraie du cube qui permet d'appréhender tous les cubes existants. En effet, pour comprendre que cet objet que je tiens dans ma main est un cube, j'ai besoin d'avoir l'Idée de l'être du cube. Ainsi l'être du cube se réalise dans le cube en bois qui apparaît dans ma main, mais ce cube  de bois n'est qu'une des apparitions possibles de l'être du cube, il n'est pas LE cube. De même l'artisan qui construit un lit doit posséder une règle (l'Idée du lit) qui lui permet de diriger ses gestes. 

Ce qui définit l'Idée c'est donc sa validité générale. Ce qui implique qu'elle doive être complètement indépendante du monde sensible, qu'elle ne doivent rien à autre chose qu'elle même. Attention pour Platon (et c'est là la difficulté)  l'idée n'est pas une simple construction intellectuelle conventionnelle et abstraite (comme par exemple les figures géométriques), car dans ce cas elle ne serait encore qu'une "image" mentale du cube. L'idée possède une réalité.


 Lors de son ascension vers la surface, puis vers le sommet où brille la lumière du soleil qui écalire toute chose, le prisonnier traverse successivement les différentes régions de l'Être. Il passe progressivement du monde visible (le monde des apparences sensibles) au monde intelligible (le monde des Formes ou des Idées). L'allégorie de la Caverne décrit donc ce mouvement du connaître qui nous amène à dépasser les phénomènes ou les apparences sensibles, pour contempler  les Idées intelligibles qui ne sont pas de pures abstractions mais qui possèdent bien une réalité en soi. 

  

→ Dans la caverne, le prisonnier ne voit que des copies et des images. Il n'a accès qu'à la forme la plus dégradée de l'être.

 A l'entrée de la caverne, puis à la surface le prisonnier désormais libre voit les objets et les êtres. Mais qu'est-ce qui lui garantit que ce ce ne sont pas à nouveau des images et des copies ? Que ces êtres ont plus de réalité ou de vérité que les ombres dans la caverne ?

Rien nous dit Platon. Dans la région du monde visible, que nous soyons dans la Caverne, ou à l'extérieur de la Caverne, nous appréhendons les choses par l'intermédiaire de notre expérience sensible.  Aussi rien ne nous garantit que les objets que nous percevons aient plus de réalité que leurs ombres. Ici Platon remet en question les fondements de l'évidence qui identifie l'être et l'apparence.


Remarque concernant la thèse opposée à Platon:  ce qui apparaît est ce qui est


 Cette évidence qui tient l'expérience sensible pour infaillible est au fondement de l'empirisme.

Elle  peut être résumée par la phrase de Protagoras qui affirmait que " l'homme est la mesure de toute chose". Ce qui signifie que les chose sont, "existent" telles qu'elles m'apparaissent. Cette thèse ne va pas sans poser problème lorsqu'on veut connaître ce que sont les choses.


Prenons par exemple un souffle de vent. Il est possible que sous le même souffle de vent l'un frissonne et l'autre pas. Si chaque homme possède sa propre vérité, que dirons nous de ce souffle de vent ? Qu'il est froid ou qu'il n'est pas froid ? Qu'il est froid pour celui qui frissonne et qu'il n'est pas froid pour celui qui ne frissonne pas ? A moins que les chose puissent à la fois être et n'être pas,  nous voilà fasse à une contradiction.


• Le monde visible est un monde marqué par le mouvement et le changement. Pour connaître nous avons besoin d'un objet stable, permanent, qui soit identique à lui-même de toute éternité (ce que Platon appelle une Idée). 


• Ainsi pour connaître je dois apprendre à "voir" différemment le monde.  Apprendre à "voir" différemment suppose une conversion de mon regard. Puisque rien ne me garantit que les objets que je perçois maintenant aient plus de réalité que les ombres de la caverne, je dois saisir la réalité du monde différemment, non plus par mon expérience sensible, mais par "le regard" de l'esprit. 

• Attention le monde visible et le monde intelligible ne sont pas deux monde distincts. Le monde visible et le monde intelligible sont le même monde, mais un monde dans lequel l'homme adopte une posture ou un regard  différent. le monde intelligible existe toujours en creux dans le monde visible.

• Le monde intelligible est lui-même divisé en deux zones. La première correspond à la zone des idées mathématiques qui bien qu'étant abstraites et dépourvues de toute relation au sensible, procèdent encore dans leur construction en ayant recours à des "images" ou des concept (comme par exemple la figure du triangle ou celle du cube) qui servent de point de départ au raisonnement. Pour Platon le concept du cube n'est encore qu'une des représentations possibles du cube. Ce n'est pas LE cube. Il faut donc remonter au delà de ces hypothèses pour trouver l'être ou l'idée du cube. Ainsi l'Idée du cube ne se saisit pas par la médiation de la pensée, mais elle s'éprouve dans l'intuition contemplative de l'être. A la limite le rapport de l'homme qui connaît à l'être est un rapport extatique dans lequel l'homme n'est plus que ce regard qui se fond immédiatement dans l'Être.


      liens : 

Lectures : L'allégorie de la caverne de Platon, traduction d'Alain Badiou (2012)

Lecture : A propos de l'Allégorie de la caverne, Julia Annas

 


 mots clés : Allégorie de la caverne, Idées platoniciennes, l'homme est la mesure de toutes choses, empirisme, réalisme platonicien, Marx

Rédigé par Aline Louangvannasy

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Philoblog 23/05/2016 05:33

Le Monde Diplomatique a publié en février 2016 une analyse qui va dans le sens de votre intéressante remarque: La stratégie de l'émotion par Anne-Cécile Robert

https://www.monde-diplomatique.fr/2016/02/ROBERT/54709#partage

jody 23/05/2016 00:27

Si on adapte l'allegorie de la caverne a aujourd'hui pourrait-on dire selon les rumeurs qui courent dans les lieux publics que les gouvernes sont manipules aveugles par les politiques qui cachent la verite car ont des choses a se reprocher en utilisant nos sentiments nos emotions situes dans l'hemisphere droit de notre cerveau pour nous faire croire a des mensonges en utilisant lzs medias dont ils ont pris aussi le pouvoir avec celui du spectacle, on appelle cela de la desinformation et en enfoncant ces mensonges dans la tete a coup de marteau a la methode Coue depuis la seconde guerre mondiale, et que celui qui reflechit de facon rationnelle mathematique en raisonnant et utilisant l'hemisphere de son cerveau gauche est dans la connaissance la verite et ne croit pas aux mensonges des medias?