Exercice type Bac (section technologique) La Culture : l'ethnocentrisme et le refus de l'autre

Publié le 26 Décembre 2012


nouvelle clédonie indigène de l tribu de néfoué

 

 

 

 

Texte

On sait, en effet, que la notion d'humanité, englobant, sans distinction de race ou de civilisation, toutes les formes de l'espèce humaine, est d'apparition fort tardive et d'expansion limitée. Là même où elle semble avoir atteint son plus haut développement , il est nullement certain - l'histoire récente le prouve - qu'elle soit établie à l'abri des équivoques ou des régressions. Mais, pour de vastes fractions de l'espèce humaine et pendant des dizaines de millénaires, cette notion apparaît totalement absente. L'humanité cesse aux frontières de la tribu, du groupe linguistique, parfois même du village ; à tel point qu'un grand nombre de populations dites primitives  se désignent d'un nom qui signifie les "hommes" (ou parfois - dirons- nous avec plus de discrétion "les bons", "les excellents", "les complets), impliquant ainsi que les autres tribus groupes ou villages  ne participent pas des vertus - ou même de la nature humaine, mais sont tout au plus composés de "mauvais", de "méchants", de "singes de terre" ou "d'oeufs de pou" [....] dans les Grandes Antilles, après la découverte de l'Amérique, pendant que les Espagnols envoyaient des commissions d'enquête pour rechercher si les indigènes possédaient ou non une âme, ces derniers s'employaient à immerger des blancs prisonniers afin de vérifier par une surveillance prolongée si leur cadavre était ou non, sujet à la putréfaction.

Cette anecdote à la fois baroque et tragique illustre bien le paradoxe du relativisme culturel (que nous retrouverons ailleurs sous d'autres formes) : c'est dans la mesure même où l'on prétend établir une discrimination entre les cultures et les coutumes que l'on s'identifie le plus complètement avec celles qu'on essaye de nier. En refusant l'humanité à ceux qui apparaissent comme les plus "sauvages" ou les plus "barbares" de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leur attitude typique. Le barbare c'est celui qui croit à la barbarie.

 

Claude Lévi-Strauss, Race et histoire (1961) 

 

 

 

 

 

QUESTIONS

 

1)  - Thème du texte (un seul terme)

     - Question posée par le texte (à rédiger sous la forme d'une question)

    - Thèse du texte (répond à la question posée par le texte)

    - Etapes de l'argumentation (on numérote les lignes du texte ; on découpe précisément le texte en indiquant de quelle ligne à quelle ligne va chaque partie; on résume chaque partie par une phrase) 

 

2) Questions de compréhension du texte :

-a) Comment expliquer que la notions "d'humanité" ne soit que d'apparition tardive ? Qu'est-ce qui entrave sa prise en compte ?

 

-b) Montrer comment les deux exemples de comportement des Espagnols et des Amérindiens illustrent la notion de relativisme culturel.


3) Question de réflexion

Commentez la dernière phrase du texte : " le barbare c'est d'abord l'homme qui croit à la barbarie"

Dans cette question on demande à l'élève de faire un développement afin d'évaluer sa capacité à construire et à ordonner sa pensée. Ce qui constitue l'exercice philosophique proprement dit.

Cela implique une courte introduction présentant le développement à venir (pourquoi c'est une question intéressante ou d'actualité, quel est le problème posé, annonce du plan du développement), un développement en plusieurs parties (une seule  idée par partie), une courte conclusion.

Pour faciliter la tâche de l'élève il peut être utile de s'appuyer sur la thèse du texte. Par exemple ici Claude Lévi-Strauss propose une définition du barbare et de la barbarie auxquelles nous ne sommes pas habitués. Il peut être intéressant de partir de l'opinion commune et de critiquer cette opinion commune pour en arriver à la définition de Claude Lévi-Strauss.

On peut également ouvrir la discussion dans une troisième partie en montrant sur quelles conséquences peut déboucher une telle attitude (ethnocentrisme, xénophobie, racisme...) des exemples peuvent être très utiles pour illustrer le propos. Mais attention, un exemple n'est pas un argument. Il ne fait qu'illustrer une idée générale pour la rendre plus limpide.

 

Des recherches et des réflexions personnelles sont bien sûr les bienvenues. C'est toujours très enrichissant pour le lecteur/correcteur.

 

 

 

Pour faire l'exercice 

 

•notes de lecture, éléments de compréhension du texte

Dans le manuel Nathan (p19) le texte de Claude  Lévi-Strauss est présenté d'une courte présentation intitulée :


L'ethnocentrisme est le refus de l'autre


Dans le texte Race et histoire dont est tiré cet extrait, Claude Lévi-Strauss'interroge sur le racisme à travers une réflexion plus large sur la civilisation occidentale. Ici il s'agit du chapitre 3 sur l'ethnocentrisme et la difficulté de reconnaître la diversité des cultures.

Les hommes sont semblables sur le plan biologique, ils appartiennent à la même espèce. Le métissage est une vieille loi de l'humanité.

Mais on ne peut pas en dire autant pour les cultures et les moeurs car en ce domaine, les obstacles au rapprochement sont nombreux. Chaque peuple est porté à juger ce qui est humain ou non en fonction de ses propres normes [règles ou valeurs ] et le jugement conduit souvent à l'exclusion. Nous avons inventé les termes de "barbares", de "sauvages" ; ailleurs on parle de "singe de terre" ou "d'oeufs de pou" pour disqualifier (dévaloriser) ou rejeter dans le non-humain ce qui n'est pas de notre coutume. On nomme ethnocentrisme ce rejet de l'autre, proche du racisme, ce qui n'est qu'une vaine mais dangereuse tentative pour naturaliser et hiérarchiser les différences culturelles.

 

• Pour résumer le texte :

- La notion d'humanité telle que nous l'entendons aujourd'hui (comme l'ensemble des caractéristiques propres à l'espèce humaine dans son ensemble) , apparaît tardivement dans l'histoire de l'humanité.

- Auparavant les hommes se pensent d'abord comme des hommes mais contre les autres, leurs voisins, les étrangers, auxquels ils refusent le statut d'être humains.

- Il suffit de prendre pour exemple les Espagnols et les Indiens un groupe comme dans l'autre, les coutumes et les traditions sont discriminatoires et excluent celui qui est différent de l'humanité.

- Même si les hommes sont différents par leurs pratiques culturelles, ils appartiennent tous à la même espèce; C'est pour cela que Claude Lévi-Strauss affirme que le barbare c'est celui qui ne sait pas reconnaître l'humanité de l'autre.

 

Pour faire l'exercice il est utile de lire dans le détail le polycope de cours distribué ou de se reporter au lien suivant.(cours : la culture - présentation)

 

 

Définitions utiles pour comprendre le texte :

ethnocentrisme : tendance à privilégier la communauté à laquelle on appartient, à faire de sa propre culture le seul modèle de référence, et par conséquent de  sous-estimer et de rejeter hors de la cul ture (et de l'humanité) tout ce qui n'appartient pas à sa culture.

 

relativisme culturel : en ethnologie et en sociologie, doctrine qui insiste sur la différence de culture et de valeur des sociétés. En ce sens le relativisme refuse qu'il puisse y avoir des valeurs universelles (valables pour tous les hommes sans exception). Cependant le relativisme combat l'ethnocentrisme, c'est-à dire l'attitude qui consiste à juger les autres systèmes sociaux en fonction du notre. Le relativisme culturel prône la tolérance.

 

Xénophobie : peur (phobie) de l'étranger (xeno). 


racisme : théorie ou doctrine selon laquelle il existerait une hiérarchie entre les "races", qui se traduit par la volonté de préserver la race supérieure de tout croisement, et qui justifie par la supériorité de la race son droit à dominer les autres groupes  ou "races "tenus pour inférieurs. La notion de race n'est qu'un pseudo concept qui n'a aucun fondement scientifiques. Il n'y a pas plusieurs "races" mais une seule espèce humaine.


DOCUMENT

On trouve déjà une argumentation semblable chez MONTAIGNE au XVI° siècle : 


" Or je trouve pour revenir à mon propos qu'il n'y a rien de sauvage et de barbare dans cette nation [le Brésil découvert en 1557] , à ce qu'on m'a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ; 

Comme de vrai il semble que nous n'avons d'autre mire (point de vue) de la vérité et de la raison que l'exemple et idée des opinions des usages du pays où nous sommes. Là est toujours la  parfaite religion, la parfaite police, le parfait et accompli usage de toutes choses. 

Ils sont sauvages de même que nous appelons sauvages les fruits que la nature, de soi et de son progrès ordinaire  produit :

là où, à la vérité , ce sont que nous avons altéré par notre artifice et détourné de l'ordre commun, que nous devrions plutôt appeler sauvages . En ceux là sont vives et vigoureuses les vraies et plus naturelles vertus  et propriétés, lesquelles nous avons abâtardies en ceux-ci , et les aavons seulement accommodées au plaisir de notre goût corrompu".

Montaigne, Essais, LIV. I; chap. XXI


Dans ce texte, montaigne combat les préjugés dus aux différence de moeurs entre les peuples. Nous appelons "barbares", nous dit-il les moeurs que nous trouvons étrangers en les comparant à celles , que nous jugeons prfaites, de notre pays. De même que nous qualifions de sauvages les produits naturels alors que nous devrions plutôt le dire de nos produits artificiels. Ainsi pour Montaigne, la barbarie n'est qu'un préjugé.


mots clés : ethnocentrisme, relativisme culturel, racisme, barbarie, culture, xénophobie 

Rédigé par Aline Louangvannasy

Publié dans #explications de texte

Commenter cet article

paloma 06/10/2015 06:37

quelle est attitude Etnocentrisme?

nadjati 05/01/2015 07:52

Mais la these generale du l'auteur il veut nous nmontrer au juste ?

philoblog 06/10/2015 21:21

L'auteur condamne l'ethnocentrisme qui conduit à exclure l'autre de l'humanité parce qu'il est différent.