Dissertation/correction : Doit-on on rechercher la vérité ?

Publié le 12 Janvier 2013

 


 

 

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    Objectifs:   Pour ce sujet tous les éléments de réponse avaient été donnés dans le cours. Pour certaines notions  complexes ou insuffisamment développées, des fiches étaient à la diposition des élèves. Il était donc inutile de se perdre dans des recherches fastidieuses.


Les objectifs de l'exercice étaient :

- La mobilisation et l'appropriation des connaissances vues en cours en vue de leur assimilation.

- La construction du plan détaillé qui reste encore un élément de difficulté pour beaucoup.


 


  

 

INTRODUCTION


 


Pour les consignes concernant la rédaction d'une introduction il faut se reporter à la correction de la dissertation précédente (fiche méthode.LIENDissertation/correction : Qu'est-ce qu'un maître ?)


 

Rappel : Pour réussir un exercice scolaire, il importe de comprendre ce qui nous est demandé  et respecter les consignes données par le correcteur.

     



• Exemple de correction d'une introduction  prise au hasard, extraite d'un travail d'élève :


" « La vérité» est un mot signifiant la conformité de ce que l'on dit  ce ce qui est. Dès notre enfance, nos parents nous disent de toujours dire la vérité, que le mensonge c'est mal. Mais est-il nécessaire de rechercher la vérité ? Ne peut-elle pas dans certains cas nous apporter plus de mal que de bien ? 

Dans une première partie, nous montrerons que cette démarche de recherche de vérité est nécessaire. Ensuite, dans une seconde partie nous montrerons que toute vérité n'est pas bonne à savoir. Enfin nous montrerons dans une troisième partie que la recherche de la vérité peut avoir certains effets sur l'homme".

 



Correction

 

« la vérité» est un mot signifiant la conformité de ce que l'on dit avec ce qui est.


1) Il faut éviter de mettre dans l'introduction des définitions. Pourquoi ?


-  a) La question de fond  se cachant derrière le sujet de la dissertation et à laquelle répond toute la dissertation, est "qu'est-ce que la vérité?". Si l'introduction s'ouvre avec LA réponse, «la vérité c'est...» ,la dissertation n'a plus aucun intérêt puisque le problème est résolu.


- b) Il existe plusieurs définitions de la vérité car le concept de vérité à une histoire. La définition proposée par notre élève correspond à un moment de cette histoire, que l'on appelle «la vérité-adéquation», qui a été défendue par certainss philosophes mais qui ne peut-être utilisée comme étant LA définition de la vérité. Dans la dissertation la première  définition de vérité proposée, doit évoluer. Plusieurs définitions de la vérité seront donc amenées à se confronter. Ces différentes définitions amèneront nécessairement des réponses différentes à la question posée.


- c) A la limite l'élève pouvait minimiser la portée de sa définition, en précisant : "pour le sens commun ou pour l'opinion générale, la vérité est....". Ce qui dans ce cas est un moindre mal puisque nous avons vu que philosopher consiste à mettre en question, ou à "critiquer" le donné, les évidences, les opinions communes".


 


Dès notre enfance , nos parents nous disent de toujours dire la vérité, que le mensonge, c'est mal.


- L'introduction pouvait s'ouvrir sur ce lieu commun "c'est mal de mentir". L'intérêt de cette amorce est de poser l'actualité ou l'intérêt de la question en exposant ce que tout le monde à tendance à penser et de reformuler sous une évidence simple le sujet de la dissertation.


- Il aurait fallu ensuite interroger cette évidence qui - si l'on est philosophe - ne va pas de soi : Mais pourquoi est "mal" de mentir ? ce qui permet de rappeler le sujet : "pourquoi devrait-on rechercher la vérité" ?


 


Remarque : Ici la question est intéressante. Dans la construction de la pensée de l'élève , elle ouvre une nuance sur le sens du «doit-on ?» qui est ici ouvertement moral. Est-ce une nécessité ou une obligation au sens de "l'impératif catégorique" de Kant (un devoir moral auquel je ne peut me soustraire) ?


 


Ne peut-elle pas dans certains cas nous porter plus de mal que de bien.


L'alternative qui nous est ici proposée est que le mensonge pourrait être préférable. Ce qui est une proposition très  intéressante.


 

Dans une première partie, nous montrerons que cette démarche de vérité est nécessaire. Ensuite, dans une seconde partie nous montrerons que toute vérité n'est pas forcément pas bonne à savoir. Enfin, nous montrerons dans une troisième partie que la recherche de la vérité peut avoir certains effets sur l'homme.


Remarques de méthode :


- Il faut éviter les termes comme "ensuite", "enfin", "de plus", qui empilent les idées, mais ne les construisent pas logiquement.


- Le reproche que l'on peut faire au plan est qu'il est beaucoup trop vague.


Ce qui indique qu'en amont, le travail préparatoire à la dissertation 1) dans l'analyse du sujet,  2) dans l'élaboration du plan détaillé est très insuffisant.


- En ce qui concerne la seconde partie :  même si la vérité n'est pas agréable à entendre ou à connaître, cela ne constitue pas un argument suffisant pour s'opposer à la recherche de la vérité. A moins qu'elle ne soit pas agréable à entendre pour celui qui recherche SA vérité ? le problème qui se pose alors est de savoir si on peut se mentir à soi-même ?


- Quand à l'annonce de la thèse développée dans la troisième partie elle est extrêmement vague. Elle ne permet pas  d'anticiper si  l'élève a traité la question posée dans sa dissertation.


 


Rappel : l'introduction se rédige en dernier, une fois que le plan détaillé est prêt. 


 


 


 



LE TRAVAIL PREPARATOIRE


 



Il est impératif, avant de commencer tout travail de rédaction, de faire un travail au brouillon d'analyse du sujet.


(cf. le modèle donné dans la Dissertation : QU'EST-CE QU'UN MAÎTRE ?)

 

 

Les difficutés du sujet


La question posée porte sur une notion généralement traitée dans le cours sur la connaissance.  Elle comporte  un point de vue "théorique" en ce qui concerne la définition de la vérité. Mais il ne fallait pas occulter la dimension morale de la question  suggérée par l'expression «doit-on?».  Cette dimension morale constituait la difficulté principale de la question posée .  

 

• A partir de ce « doit-on?» on analyse méthodiquement  la question posée. On peut dégager  trois pistes  :


-1) un sens fort : la nécessité, qui signifie que l’on ne peut pas faire autrement, ou l’obligation qui a ici le sens d’une contrainte ;


-  2) un sens moins contraignant dans le sens où la contrainte ne vient pas de l’extérieur de notre volonté : le devoir moral, qui consiste à se donner librement comme tâche la recherche de la liberté.


-  3) Mais on peut aussi décider  de ne pas rechercher la vérité (comme les prisonniers de la Caverne de Platon qui ne sont pas malheureux, mais ne sont pas heureux pour autant).

 


 

Dans le travail préparatoire au brouillon 

 

• Dans un premier temps il peut être utile de se donner une définition très générale de la notion de « vérité », proche du sens commun  [histoire de savoir de quoi on parle mais aussi pour ensuite apporter des nuances ou des modifications à cette définition initiale].

 

Il faut cependant éviter des définitions du type la vérité c'est quelque de vrai (tautologie), qui ne nous avancent pas beaucoup.

 

Dans un coin de sa feuille on peut par ailleurs faire le point sur les connaissances que l'on possède, sur les différentes définitions de la vérités que l'on connaît qui nous permettrons ensuite de critiquer l'opinion commune. Une dissertation ne peut se passer d'une culture philosophique, d'où la nécessité de retravailler le cours et d'apprendre les définitions.


Il peut être également utile de se demander quels sont les contraires de la vérité : l'erreur, le mensonge, l'illusion (termes à définir).


 

• Dans  l'analyse la question « doit-on rechercher la vérité» ? Il faut se demander qui est ce « on » ?  


 - a) Est-ce l’homme en général (le genre humain ) ? Il ne peut y avoir nécessité que si il y a universalité.


 - b) Est-ce un individu particulier ?  [cette nuance est importante car l’exigence morale relève du choix volontaire d’un individu]

 

 

 

• On doit également se demander : pourquoi rechercher la vérité ? Car cette recherche ne va pas de soi. 


- si « on » recherche la vérité c’est qu’on ne la possède pas. Cette recherche de la vérité est l’expression d’un désir (ce point a été traité dans l'introduction du cours).


- Ce désir de savoir caractérise-t-il l’espèce humaine dans son ensemble (tous les hommes sans exception) ou n’est-il le fait que de certains individus (les scientifiques ou les philosophes) ?

 


• Remarque : la réponse à cette question est importante car elle détermine deux conceptions distinctes du savoir.

- Pour certains comme Socrate ou Descartes, tous les hommes peuvent avoir accès à la vérité, à la science, si "on" (la société par le biais du système éducatif, des dispositifs de formation permanente, etc. ...)  leur en donne les moyens.

- Par contre d'autres penseurs développeront une conception élititiste ou aristocratique du savoir : seuls certains privilégiés du fait de leurs capacités  ou de leur position sociale peuvent voir accès au savoir. 

 


Méthode : Toutes ces idées sont dans un premier temps jetées sur le papier, sans être pour l'instant organisées, cependant on voit que sans avoir une multitude de connaissances, s'esquisser un certain nombre de problèmes.


 Ici il est important de ne pas se censurer, de noter tout ce qui nous vient à l'esprit. Ce travail est une étape importante. Je le répète pour les élèves qui se refusent à travailler au brouillon.


Une fois ces idées jetées en vrac sur le papier on travaille à les organiser et à les développer. C'est l'étape de l'élaboration du plan détaillé.


•Le jour de l'épreuve du baccalauréat il faut compter à peu près une heure pour faire ce travail de recherche d'idées.


 

 

 

 

LE PLAN DETAILLE

 


 

EXEMPLE DE PLAN MALADROIT - certains élèves m'ont envoyé leurs plans détaillés. Je me permets pour la bonne cause d'utiliser l'un d'entre eux (Mille mercis à l'élève concerné) :

 


      •Exemple : 


Problématique : Faut-il occuper sa vie à la quête de la vérité ou bien au contraire la contourner par souci de paix car elle pourrait apporter le malheur ?


I) La recherche de la vérité est nécessaire car l'homme ne peut faire autrement

 
           a- La recherche de la vérité est dans la nature de l'homme et est libératrice
           b- La vérité est nécessaire à la connaissance et aux relations humaines
           c- Le scepticisme n'est pas une solution

II) La recherche de la vérité ne constituerait-elle pas une illusion voire même un horizon dangereux ?

 
           a- La vérité est inatteignable
           b- Pluralisme des vérités
           c- La vérité est parfois blessante voire dangereuse
          
III) La vérité n'est-elle pas quelque chose de subjectif ?

 
          a- La vérité est dépendante du jugement des hommes
          b- La vérité est une interprétation de l'expérience de la vie par l'homme

 

 

 

• CORRECTION de ce plan qui est à première vue l'expression d'un travail très  sérieux :

 


DOIT-ON TOUJOURS CHERCHER LA  VERITE ?

 

 

Problématique : Faut-il occuper sa vie à la quête de la vérité ou bien au contraire la contourner par souci de paix car elle pourrait apporter le malheur ? (attention une problématique est une  succession cohérente de questions auxquelles on répondra progressivement dans le développement, elle ne peut se résumer à une alternative.)

 


Méthode :


- Ici nous sommes dans une alternative trop restreinte.

 

Rappellons nous ce que nous avons vu en cours, à propos  de l’amorce de la question « doit-on ?.


- Avant de se lancer dans la construction du plan, il est important de prendre position pour une thèse qui sera défendue dans la dissertation (ce qui n’est pas clair dans le plan  proposé). C’est à partir de ce choix que nous pourrons construire de façon stratégique notre plan.

 

 


Le plan proposé me semble maladroit. Il serait intéressant de partir de la seconde partie en l’intitulant différemment :


 A.     Les hommes ne recherchent pas ou ne désirent pas la vérité.


Pourquoi ? car les hommes peuvent se satisfaire de mensonges et d'illusions.


- a) Il faut définir ce que veux dire ici les mot vérité, mensonges, illusions  (dans un sens le plus général possible).


- b) il faut  développer cette idée en adaptant l’Allégorie de la caverne de Platon, c’est-à-dire en ne retenant dans l’Allégorie que ce qui est utile à notre propos, inutile de tout raconter.


• Si on considère  que « la vérité est parfois blessante voire dangereuse» c’est parce que la vérité met à jour le caractère illusoire de ses faux bonheurs auxquels nous nous accrochons et nous dévoile la réalité de la condition humaine.  Le danger est donc très relatif. C'est d'ailleurs peut-être un mal pour un bien.


Ce qui n'empêche pas que  la plupart des hommes ne sont pas prêts à accepter cette réalité : nous sommes dépendants d’autrui,  vieillissons, nous sommes mortels,etc. ... Ce sont des aspects de notre réalité qui ne peuvent être que déplaisants. Ainsi la société de consommation joue sur ce désir d’illusions,  nous promettant en permanence des faux bonheurs.


Remarque : il est conseillé de donner un peu de "vie" au devoir en quittant le monde de l'histoire de la philosophie pour revenir dans notre monde et montrer ainsi que la philosophie a d'abord pour objet de penser le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui.   

 


 

B.) Mais refuser la vérité de notre condition, et nous maintenir dans le mensonge et l’illusion c’est aussi nous maintenir dans l’injustice et donc dans le malheur. 

 


(cf. Platon) Si on peut maintenir les hommes dans l’ignorance, et leur faire croire n’importe quoi, on peut aussi les manipuler et les asservir.


Dans la littérature, dans le cinéma ou dans l’histoire, il existe de nombreux exemples décrivant cet état de contrôle des populations sans que celles-ci soient pour la majorité de la population source de malheur (exemples : 1984 d’ORWELL ou le film V pour Vendetta des frères Wachowski, etc.).

 


Remarque : attention un exemple n’est pas un argument, il ne fait qu’illustrer et développer une idée afin de la rendre plus claire.


Si on y réfléchit bien, dans ce paragraphe,  la recherche de la vérité n’est donc dangereuse que pour ceux qui ont intérêt à maintenir les hommes dans l’ignorance.

 


 

C) La recherche de la vérité est donc nécessaire

 


 1 )   Les hommes ne pourraient survivre dans un milieu qu’ils ne connaissent pas, car contrairement aux animaux ils n’ont pas d’instinct pour survivre dans la nature ; Ils doivent s’adapter, construire des outils qui leurs permettront de satisfaire leurs besoins. Le savoir est donc indispensable. Connaître est dans la nature de l’homme.



 2) Un homme qui subit l’oppression et qui renonce à sa liberté de juger et de décider pour lui-même  n’est plus un homme mais une chose qui obéit, il perd sa qualité de sujet. La recherche de la vérité est constitutive de l’homme, elle est libératrice et émancipatrice. (la liberté distingue l’homme de l’animal). On peut ici reprendre l’idée de Platon qu’il n’y a que bonheur que dans la justice et que cette justice se fonde sur l’usage de la raison et la recherche de la vérité. [Dans le plan qui sert d'exemple, c’est ce qui est  désigné par la périphrase « la vérité est nécessaire aux relations humaines ».  Par exemple peut-on construire une société ou une relation entre deux êtres  sur le mensonge, la tromperie ? ]


Remarque :  oui répond Boris Cyrulnik, ce qui ouvre la perspective d'une autre dissertation.


- 3) Le genre humain peut accepter l'illusion et le mensonge, ce qui n'empêche pas certains individus de consacrer leur existence à la recherche de la vérité (chercheurs, scientifiques, philosophes...) . Dans ces cas individuels et singuliers, on peut considérer que la quête de la vérité relève d'un devoir ou d'une exigence morale.


 

D) Or la vérité semble aujourd’hui depuis Kant  un horizon inaccessible.


- 1) La vérité est relative à l’homme. (Kant)


- 2) Faut-il pour cela renoncer à  chercher la vérité ? Se contenter du scepticisme  ou au mieux de l’utilitarisme  ? Si c'est non pourquoi ?


-3) Une théorie n'est vraie tant qu'on n'a pas démontré par l'expérimentation qu'elle est fausse (Kar Popper)


 

 En conclusion :

 


Si on revient au monde dans lequel on vit ( la Caverne de Platon), qui est un monde d'apparences et d'illusions, on peut défendre l'idée que c'est un devoir pour chaque homme de chercher (comme Socrate, Descartes...) la vérité afin de rendre ce monde meilleur.

 

 

 

 Remarque : ici il est important de faire le lien entre le savoir et la morale.


On pourrait concevoir que la recherche de la vérité, ce n’est que  la recherche du savoir pour le savoir. Mais depuis Descartes cet idéal a disparu, le but du savoir c'est la puissance (domination). L'homme devant devenir "le maître et le possesseur de la nature" par son savoir et sa maîtrise technique.


Aujourd'hui la maîtrise du savoir assure une puissance aux hommes qui maîtrisent directement ou indirectement (par le biais de l'économie ou de la technologie par exemple) ce savoir. Ce qui n'est pas sans conséquences pour l’homme ou pour la planète. C'est une piste qui pouvait être développée dns le devoir.

 

 


 

Développement

  


Remarques en vrac au fil de la lecture des travaux 

 

 

La définition de la vérité


Les élèves ont tendance à substituer les termes de vérité et de réalité. La vérité, comme la fausseté (l'erreur, le mensonge) sont des propriétés du langage. La réalité elle, n'est ni vraie ni fausse, elle se contente d'être.


Cette confusion s'enracine dans la théorie de la connaissance de Platon  où effectivement au dernier stade de son apprentissage, le philosophe, dans une intuition spirituelle, fait en un même instant l'expérience de la vérité et de la réalité.

Par  la suite les philosophes tenteront d'élaborer une théorie de la vérité en terme d'adéquation ou de correspondance entre ce qui est et ce que l'on dit sur ce qui est. Mais cette théorie qui est encore celle de Descartes au XVII° siècle, s'avèrera être une impasse, aucun critère objectif (si on exclut Dieu)  ne pouvant vérifier la parfaite correspondance entre ce qui est, et ce qui est dit sur ce qui est. 


 • Remarque concernant la critique de Platon par Nietzche

Dans la conception de Platon la vérité n'est pas une "valeur". Elle est au-delà de toutes les valeurs parce qu'il la conçoit comme l'origine de toutes choses (comme Dieu le sera ensuite pour le christianisme). La métaphore du soleil est importante car le soleil éclaire tout ce qui constitue notre monde, le portant ainsi à l'existence. Pour Nietzsche ce qui est à l'origine de ce qui est ce n'est pas la vérité mais la vie. Sa critique consiste à dénoncer ce tour de passe-passe par lequel dans l'histoire de la philosophie, les hommes ont dévalorisé ce pouvoir créateur de la vie pour affirmer à la place celui de la raison.

 

• Le mensonge


On pourrait penser que l'homme, animal social développe sa faculté de raisonner en recherchant le savoir vrai, en élaborant des théories logiques et cohérentes. Aujourd'hui des éthologues et des psychologues, des psychiatres,  développent l'idée qu'il est positif pour l'enfant de mentir.


Par exemple, le psychiatre Boris Cyrulnik défend l'idée d'un "devoir [moral] du mensonge" qui est pour lui une preuve d'empathie vis-à-vis de l'autre. Il remarque également que pour mentir il faut faire preuve d'une certaine virtuosité intellectuelle :


"mentir c'est savoir qu'avec un mot, un sourire, une posture, je vais pouvoir modifier les représentations de l'autre et entrer dans son monde intime. C'est une performance intellectuelle extrême, qui exige que moi menteur, je puisse me représenter les représentations de l'autre. Pour cela il faut que je sois très intelligent , mais surtout que je sois respectueux de l'autre. Le pervers dit ce qu'il pense, et c'est blessant (...) quant au psychotique, de toutes les façons pour lui, l'autre n'existant pas, il dit ce qu'il pense sans se poser de questions. En résumé chez le psychotique, il n'y a pas du tout de représentation de l'autre, et chez le pervers, il n' y a pas de respect des représentations de l'autre. Et mentir c'est respecter l'autre.


[Pour lire la suite  (passionnante) : LIEN (cliquer) Lecture : "le mensonge est une preuve d'intelligence" , Boris Cyrulnik  Cet article est intéressant car il remet en question un certain nombre de préjugés concernant la nécessité de dire la vérité, notamment celui qui poserait qu'il ne pourrait pas y avoir de lien social bâtit sur le mensonge. Or ce que démontre B. Cyrulnik c'est que le mensonge est tout aussi constructif.

 

 

 

Les exemples  ou les références trouvés dans les copies  qui posent des problèmes intéressants 


DEXTER


Dans une copie, un élève cite l'exemple du personnage Dexter, tiré de la série du même nom. Ce personnage mène une double vie: dans la journée, il travaille  pour la police, la nuit il se transforme en un sérial killer.


Ce personnage est en permanence travaillé par l'idée du mensonge sur lequel repose sa vie. Dire la vérité - si sa vérité consiste uniquement dans sa personnalité de criminelle (la dimension oedipienne de la relation au père lui-même criminel est importante dans le scénario), ce serait détruire la vie de ses proches (sa femmes, ses enfants, sa soeur) -Il fait donc par devoir le choix du mensonge par empathie pour ses proches (et certainement pour sa propre survie) mais ce choix est loin de le satisfaire et le mine.


Parallèlement dans ses activités criminelles, il manifeste une réelle exigence de vérité puisqu'il n'assassine que des criminels échappant à la justice, et est profondément perturbé si jamais, par erreur,  il assassine un innocent même particulièrement antipathique. La vérité reste donc nécessaire pour justifier ses actes.


Ce personnage qu'on pourrait qualifier de monstrueux,  n'est donc en rien nihiliste puisqu'il croit en la vérité. Alors même qu'il vit dans le mensonge, le devoir de vérité reste pour lui une question récurrente, d'où ses perpétuelles questions existentielles sur sa propre vie qui reviennent dans chaque épisode. Ainsi il est en fait comme monsieur tout le monde. Il reste imprégné de valeurs profondément conservatrices, comme le mari qui tromperait sa femme avec une autre et en éprouverait du remord ou de la culpabilité.  Pour lui vivre dans le mensonge est une aberration. Il se demande d'ailleurs sans arrêt ce que c'est qu'être un être humain, en utilisant des arguments qui montrent que pour lui, l'humanité et la quête de la vérité restent indissociables.


 

• L'ALLEGORIE DE LA CAVERNE


Dans cette dissertation il n'est pas nécessaire de revenir en détail sur la totalité de l'Allégorie. Il faut juste retenir les éléments qui permettent d'illustrer  et de développer le raisonnement relativement à la question initialement posée. Trois étapes me semblent particulièrement importantes pour notre propos :


- 1) La Caverne : Si on considère les hommes (les prisonniers) ils recherchent pas la vérité. Elle n'est pas nécessaire à leur existence. Ils peuvent vivre heureux et dns le mensonge.


-2) La libération : Il se trouve que parmi ses hommes, l'un deux a la possibilité de sortir de la caverne. On peut faire ici le parallèle avec Néo, le personnage de Matrix, qu'on libère alors qu'il n'a rien demandé. Cette libération est difficile et douloureuse, mais notre prisonnier libéré ne renonce pas, de même que Néo qui aurait la possibilité de faire le choix de son ancien compagnon qui choisit de trahir pour retourner dans la matrice car le monde dans lequel il vit est devenu trop difficile pour lui. Dans ce cas , la quête de la vérité résulte d'un choix personnel et devient une exigence morale que l'individu s'impose librement à lui-même.


-3) Le retour dans la Caverne : Pourquoi notre homme s'acharne-t-il dans sa quête ?Pourquoi celle-ci une fois terminée, choisit-il de revenir auprès de ses anciens compagnons  (sachant très bien ce qui l'attend car ayant atteint le savoir absolu, on peut difficilement penser qu'il soit naïf à l'encontre du genre humain) ? Rien ne l'y oblige, si ce n'est lui-même. En effet il estime à la fois que c'est son devoir d'homme, et à la fois qu'il est nécessaire de transformer ce monde de la caverne : le bonheur de tous , la justice, ne pouvant que se fonder (selon Platon) que sur la connaissance de la vérité.

 


Interprétation d'Audrey G. de l'Allégorie de la caverne " ... de même aujourd'hui la plupart des hommes ne sont pas prêts à accepter la réalité de notre condition humaine. Ils restent attachés à des bonheurs illusoires sans lesquels la réalité de nos existences paraitrait insupportable. La quête de la vérité fait apparaître la dimension mensongère de ces bonheurs factices et est plutôt désespérante.  Par exemple le fait que nous soyons condamnés à vieillir est pour beaucoup insupportable dans une société où nous entretenons le culte de la jeunesse des corps. Vieillir devient intolérable. La société de consommation a pour fonction d'entretenir ces bonheurs illusoires, nous promettant par exemple, des crèmes anti-vieillissements, des interventions de chirurgie esthétique et la possibilité d'entretenir une éternelle jeunesse". 

 


 

mots-clés : vérité, mensonge, Dexter, erreur, illusion, allégorie de la caverne, obligation, nécessité, devoir

 

 

 


Rédigé par Aline Louangvannasy

Publié dans #dissertations

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TG 02/10/2014 10:01

Bonjour,

Je survole cet article, qui semble bien fait, mais il faut vite effacer votre conseil "1) Il faut éviter de mettre dans l'introduction des définitions. Pourquoi ?".
C'est contraires aux exigences du Bulletin Officiel pour le baccalauréat de philosophie des trois séries générales. L'introduction est lieu de la définitions des termes du sujet. Cette définition doit être rigoureuse, ce qui n'empêche pas que le développement apporte certaines précisions. Mais dans tous les cas il ne s'agit pas de réduire, en introduction, le concept à son sens commun ou vulgaire.

Philoblog 02/10/2014 19:57

d'une part parce que les définitions sont des outils qui vont permettre aux élèves de construire leur pensée dans le développement. Lorsque les définitions importantes sont dans l'introduction , elles sont généralement par la suite oubliées et sont donc stériles.
d'autre part parce qu'une définition n'est pas figée. La construction de la pensée tend à faire évoluer ou à approfondir la définition autour de laquelle se construit le problème. Chaque nouvelle variation amenant un problème et donc une thèse;

Les élèves ont spontanément tendance à faire usage dogmatique des définitions. Cependant rien n'empêche de poser dans l'introduction une définition courante qui servira d'amorce et sera ensuite critiquée et dépassée.

Je reconnais que mon souci n'est absolument pas le respect à la lettre des instructions officielles.

Cordialement

Aline Louangvannasy

TG 02/10/2014 10:02

de la "définition", sans "s", mille excuseS.