Cours : LE TRAVAIL

Publié le 28 Février 2013

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Sebastiao Salgado

 

 

Travail et condition humaine    

 

1. Travail et nécessité

 

Pour survivre, l'homme doit manger, s'abriter, se vêtir...Pour cela il doit travailler, c'est-à-dire transformer les choses de la nature pour produire des biens utiles à son existence. Il n'a pas véritablement le choix. Il ne peut pas faire autrement . Le travail est pour lui nécessaire.

Ceci est valable pour le genre humain. Même si un homme choisit de ne pas travailler en se contentant du fait de ses ressources d'acheter à un autre de quoi satisfaire ses besoins, il profitera de toute façon du travail d'un homme qui aura par ses efforts transformé  des matières premières pour produire des biens utiles à la vie humaine.

Dans un premier ce sens le travail désigne la relation primordiale de l'homme à la nature. Il exprime la nécessité dans laquelle se trouve tout homme de subvenir à ses besoins  et  qui n'y parvient  qu'au prix d'un effort (dépense d'énergie)  pénible et douloureux.

Le travail est donc nécessaire et il se vit sous la forme d'une contrainte qui s'impose de l'extérieur  à l'homme.

 

Historiquement le travail est associé à des représentations négatives qui reprennent ces caractéristiques de nécessité et de contrainte :

Vocabulaire : Ce qui est nécessaire est ce qui ne peut pas être autrement.

                   Ce qui est contraignant c'est ce qui s'impose de l'extérieur à ma volonté et me porte à faire ce que je ne ferai pas de moi-même.

  • On retrouve cette signification de contrainte et de pénibilité dans l'étymologie latine du mot travail, "tripallium", qui désigne  à l'origine un trépied pour ferrer les chevaux et les boeufs, puis un instrument de torture. Le nom travailleor qui donnera travailleur ne signifiait d'ailleurs pas à l'origine l'ouvrier ou l'artisan, mais le tourmenteur ou le tortionnaire, celui qui "travaillait" les membres du condamné.

• Dans la tradition chrétienne, le travail est considéré comme le châtiment consécutif au péché originel. Adam et Eve ayant désobéi en goûtant au fruit de l'arbre de la connaissance, Dieu condamne Eve à enfanter dans la douleur (" tu enfanteras en travail les enfants") et Adam à devoir travailler pour assurer leur subsistance (" tu mangeras ton pain à la sueur de ton front")

Dans l'Antiquité, le travail exprime la misère de l'homme assujetti à la matière.  Aussi c'est parce que le travail est par nature dévalorisant qu'il ne peut être confié qu'à des êtres dont la condition est dévalorisée : les esclaves. Par opposition l'homme "libre" sera celui qui a des loisirs, c'est-à-dire qui ne sera pas contraint de travailler pour subvenir à ses besoins (ses esclaves ou ses domestiques s'en chargeront).

Remarque :  En latin on oppose par exemple l'otium , le loisir studieux, au negotium, le travail, les affaires (qui a une signification négative du fait de l'utilisation de la racine neg-).

 

 

Travail et liberté

 

Le travail exprime la relation primordiale de l'homme à la nature : pour survivre l'espèce humaine dépend de son milieu naturel, qu'elle transforme pour produire des biens utiles à l'existence des hommes. Aussi en même temps qu'il est le signe de la dépendance ou de la servitude de l'homme, le travail est aussi le remède à cette dépendance, le moyen de son dépassement.

 

L'homme doit travailler, transformer les choses de la nature pour vivre, mais  bien qu'il soit un être naturel comme les autres espèces vivantes, sa façon d'être au monde fait de lui un étranger, un être extérieur à la nature, une nature qu'il vit aujourd'hui comme autre, hostile et inhospitalière. Par le travail comme activité de transformation de la nature , il va progressivement domestiquer, rendre familier (humaniser) ce qui était étranger. Il va donner forme et signification à ce qui était informe et dépourvu de sens. 

 

• La dialectique du maître et de l'esclave

Hegel développe ici  l'idée que le  travail comme est le lieu de la libération ou de l'émancipation de l'humanité.

Pour  décrire le processus historique  par lequel l'humanité  se réalise dans le monde, il imagine la rencontre de deux êtres dotés d'une conscience de soi, de deux volontés,  désirant s'affirmer et se réaliser comme volontés  dans le monde.

Chacune de ces deux volontés ne peut se réaliser comme volonté libre que si une autre liberté, égale en valeur, la reconnaît comme telle. Cette reconnaissance n'est possible que dans la confrontation ou le conflit des deux volontés, car chacune a  besoin de trouver en face d'elle une résistance qui lui permette de s'éprouver comme désir d'affirmation de soi dans la soumission de l'autre. Ainsi entre  ces deux volonté s'engage, nous dit Hegel, une lutte à mort.

Concrètement ces deux volontés peuvent prendre la forme de la rencontre de deux hommes qui sont prêts à tout pour affirmer leur liberté, chacun au dépend de l'autre. On retrouve ici la description de l'état de nature de Hobbes dans lequel chacun est à égalité avec tous les autres et est de ce fait toujours prêt à s'engager dans la guerre de tous contre tous. 

Le vainqueur , la volonté qui sera reconnue comme liberté, sera la volonté qui n'est asservie par aucun déterminisme, plus particulièrement qui n'est pas asservie à la nécessité de vivre. Celle-là acceptera de risquer sa vie dans le combat. L'autre préfèrera survivre en esclave plutôt que de prendre le risque de mourir. Elle "choisira" donc de se soumettre.

Dans cette guerre le vainqueur ne tue pas son prisonnier car celui-ci est le reflet permanent de sa victoire. Il a besoin de la soumission de l'autre pour réaffirmer en permanence sa liberté. Il faut  remarquer que le mot esclave vient du latin "servus" qui signifie "celui qui a été conservé".

Le maître contraint l'esclave au travail, pendant que lui profite des agréments de l'existence. L'esclave subvient donc au besoins du maître : il cultive la terre,  entretient le foyer, tisse les vêtements, fabrique les outils et les armes... Le maître ne connaît donc pas les rigueurs du monde matériel, il a l'esclave pour cela qui s'interpose entre lui et le monde.

Mais le maître dont la seule occupation est la guerre, est progressivement gagné par l'oisiveté. Il ne sait plus rien faire et devient dépendant du savoir-faire de l'esclave. Car l'esclave, sans cesse occupé à travailler, apprend à connaître la nature, à la maîtriser en utilisant son savoir. Il  conquiert ainsi progressivement une nouvelle forme de liberté.

Par un retournement dialectique, le travail servile marqué du sceau de la contrainte et de la nécessité,  lui rend  sa liberté. Lui qui par lâcheté avait renoncé à sa liberté, par crainte de mourir, il reconquiert sa liberté en s'affirmant comme une liberté ingénieuse contre la nature, qu'il dompte au moment même où le maître, qui ne sait plus travailler, devient lui en quelque sorte esclave de son esclave. Le travail est donc pour Hegel l'expression de la liberté reconquise.

 

 

 

 

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Walker Evans

 

 

L'animal est lui aussi capable de travailler/transformer son milieu naturel : les castors produisent des barrages, les termites édifient des termitières... Aussi à  la question Qu'est-ce qui différencie le travail humain du travail animal ? Marx répond  "Ce qui distingue l'architecte le plus maladroit, de l'abeille la plus habile, c'est que l'architecte porte d'abord la maison dans sa tête". 

Le travail n'est pas une quelconque transformation de la nature. Il est toujours une transformation dirigée dans un sens particulier voulu par l'homme. A la différence de l'animal, l'homme pense ce qu'il fait car il n'est pas programmé par la nature pour agir dans un sens déterminé.  Il est capable d'innover, de créer des formes nouvelles à l'infini.

Le travail est donc l'expression concrète de l'intelligence humaine, une intelligence qui n'est pas asservie à la nécessité, qui part de la nécessité, de la satisfaction des besoins  pour s'élever vers la contingence. Le travail est donc fondamentalement liberté.

 

 

 

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Le problème de la mécanisation du travail

Marx : exploitation du travail et aliénation du travailleur.

 

Alors qu'on pensait que l'introduction de machines diminuerait la pénibilité du travail et serait le moyen qui permettrait l'avènement d'une société de loisirsMarx démontre dès le milieu du XIX° siècle, comment l'introduction des machines dans les processus de production, dégrade les conditions de travail des hommes, massifiant  et déqualifiant le travail, élargissant l'exploitation des travailleurs au travail des femmes et des enfants et aboutissant à la création d'un prolétariat

 

La formation d'un prolétariat, c'est-à-dire d'une classe sociale ne possédant rien d'autre que sa force de travail pour survivre, est en effet, nécessaire au fonctionnement du capitalisme. Dans son ouvrage Le capital, Marx  montre comment le capitalisme se fonde sur l'exploitation du travail c'est-à-dire sur l'extorsion d'un surtravail non payé qui alimente les profits :

 

 Le capital  a pour seule logique l'accumulation de toujours plus de profit. Ce profit est généré par la valeur (ou la plus-value) que produit la force de travail dans le processus de production. En effet, la particularité de la marchandise "force de travail" que le capitaliste achète contre un salaire au travailleur sur le marché du travail, c'est qu'elle produit toujours plus de valeur qu'elle n'en coûte au capitaliste - sachant que le capitaliste a en plus tendance a faire pression sur les salaires à la baisse, pour ne laisser au travailleur  que l'équivalent d'un salaire de subsistance.

Autrement dit, le montant du salaire versé au travailleur ne correspond jamais à la valeur produite par le travailleur, et incorporée dans la marchandise qui sera ensuite vendue sur un marché. Le salaire correspond uniquement à ce qu'il est nécessaire au travailleur pour vivre, c'est-à-dire pour entretenir et reproduire sa force de travail afin de retourner travailler.

 

Le travailleur qui ne possède que sa force de travail qu'il vend au capitaliste, n'a la plupart du temps pas les moyens  de négocier à son avantage le prix de cette force de travail (son salaire) car c'est le capitaliste qui possède les moyens de production (les équipements, les matières premières, les fonds nécessaires au financement  de l'activité...) ; d'autant plus qu'il est mis en concurrence avec d'autres salariés sur le marché du travail.

Il est également dépossédé du produit de son travail qui est la propriété du capitaliste.

Considéré comme une simple force productive et non comme un sujet il est traité comme une chose, et devient étranger à sa propre humanité.

C'est pour cela que Marx écrit que dans le système capitaliste le travail salarié aliène l'homme.

 

Remarque : il faut cependant se rappeler que pour Marx le prolétariat est la classe sociale qui porte en germe les conditions politiques de la transformation de la société. En effet nous dit-il, les conditions de travail et de vie de cette population sont, dans les faits, si difficiles que les individus ne peuvent que souhaiter l'abolition et le remplacement d'un tel système économique et politique par la révolution.

 

 

 

Lien :  la distinction entre le travail et l'oeuvre chez H. Arendt

 

Mots clés : travail, dialectique du maître et de l'esclave, prolétariat, exploitation, alénation

 

 

Rédigé par Aline Louangvannasy

Publié dans #cours

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Mariam 14/10/2016 01:57

Je ne peux que vous remerci3

Miimy 04/04/2016 20:07

Parfait exactement ce que j'ai vu en cours, mais c'est encore plus précis <3

imbert j-cl 14/03/2016 09:46

merci pour ce cours , qui donne une assez bonne vue sur le sujet

oumounira 06/12/2015 17:05

j 'aime car cela m' aide beaucoup