Cours : LA TECHNIQUE

Publié le 11 Avril 2013

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Le travail

 

Le travail est par définition la relation primordiale de l'homme à la nature, l'activité par laquelle l'homme transforme les choses de la nature pour  produire des biens utiles à son existence.

 

Mais l'animal aussi est capable de transformer son milieu naturel : les castors produisent des barrages, les termites édifient des termitières... Qu'est-ce qui différencie le travail humain du travail animal ? "Ce qui distingue l'architecte le plus maladroit, de l'abeille la plus habile, c'est que l'architecte porte d'abord la maison dans sa tête" (Karl Marx). L'homme pense ce qu'il fait avant d’agir. Il n'est pas programmé par la nature pour agir dans un sens déterminé, il est capable d'innover, de créer des formes nouvelles à l'infini.

 

Le travail n'est donc pas une quelconque transformation de la nature. Il est  une toujours une transformation intelligente de la nature, dirigé dans un sens particulier. "C'est une modification utile du milieu extérieur opéré par l'homme"(Auguste Comte). Ce sens ou sa signification, c'est son utilité pour l'homme. Le travail possède donc le pouvoir d'humaniser la nature : de mettre la nature au service de l'homme, de marquer la nature de l'empreinte de l'homme. Le travail façonne en quelque sorte une nouvelle nature.

 

 

L’œuvre et la durabilité du monde

 

Hannah Arendt  introduit une distinction entre le travail et l’œuvre afin de penser la spécificité de la fabrication humaine. Dans sa réflexion, le concept de travail renvoie à la première condition de l’existence humaine : la condition de la vie ( au sens biologique du terme). Le travail désigne alors tous les processus corporels qui ont pour fonction d’assurer la survie de l’individu. En tant que « métabolisme de l’homme » le travail ne laisse rien de durable derrière lui, son résultat ayant été consommé presque aussitôt que l’effort a été dépensé. Au contraire l’œuvre produit des objets qui perdurent et qui sont la marque de l’artifice humain (de ce que l’homme rajoute à la nature). L’œuvre installe un domaine de choses, d’objets fabriqués et d’outils qui se tiennent au-delà de la sphère biologique des besoins, et qui lui résistent. L’œuvre réalise un monde durable. Ce monde instaure un espace entre les hommes, qui les relie et les sépare à la fois, comme une table relie et sépare les hommes qui se tiennent autour d’elles. Le monde est donc pour Hannah Arendt ce qui se tient entre les homme. Ce qui les intéresse au sens  littéral du terme (du latin interesse : « se tenir entre »).

 

Alors que le travail est un processus infini. L’œuvre a un commencement et une fin. L’activité de celui qui crée prend naissance dans une idée qui lui sert de modèle. Celle-ci est projetée vers l’avenir et constitue la fin (l’objectif) du créateur, fin à laquelle il subordonne un ensemble de moyens. Le produit de l’industrie humaine est conçu comme existant d’abord « en puissance » à titre d’idée avant d’être actualisé en tant qu’objet concret par la main de l’homme. Alors que le travail qui doit faire face au processus dévorant de la vie, se caractérise par sa fugacité, par son absence de durée, la fabrication se déploie dans un temps fini. Elle se déroule  selon une marche temporelle prévisible et réversible, comme si le futur n’était qu’une conséquence du passé. L’homme qui œuvre (l’homo faber)  apparaît ainsi comme un homme maître de ses créations et du monde environnant qui lui fournit les matériaux destinés à sa fabrication.

 

L’outil

 

L'usage d'instruments, d'outils médiateurs entre l'homme et la nature est la caractéristique constante du travail humain. Cependant les conditions de transformation de la nature ont prodigieusement évoluées au cours de l'histoire, modifiant en profondeur la signification du travail pour l'homme.

 

Pendant des milliers d'années, l'homme ne s'est servi que d'outils qui étaient un prolongement direct du corps, de l'adresse, de l'intelligence des hommes. Ces outils ont permis  de diversifier et d'élargir  l'usage spontané de nos mains, tout en économisant le corps et en le protégeant. L’homme a ainsi acquis de nouvelles capacités pratiques et cognitives.

 

Même si l’outil n’est pas à proprement parler un critère biologique, il fait partie aujourd’hui des critères qui définissent l’humanité. A la différence des philosophes comme Aristote ou Descartes qui définissaient l’intelligence humaine comme l’aptitude à produire une pensée conceptuelle, certains anthropologues et philosophes, comme par exemple Henri Bergson ou Hannah Arendt définissent l'intelligence humaine comme notre aptitude à fabriquer des outils. l'homo sapiens serait  donc d'abord un homo faber. En 1964 le premier représentant daté du genre humain est un homo habilis : un homme habile, un homme qui fabrique des outils.

 

L’histoire de l’humanité montre comment  les techniques s’extériorisent progressivement hors du corps de l’homme pour s’objectiver en schèmes et procédures autonomes. Le premier outil de l’homme est bien  la main, qui ensuite devient moteur pour se prolonger dans des instruments qui, avecl’utilisation de forces extérieures, vont s’autonomiser sous la forme de machines et d’automates.

 

 

La machine

 

Avec l'usage de l'outil l'activité humaine restait encore dans le cadre d'un certain équilibre avec la nature. La substitution de la machine à l'outil va introduire une rupture entre l'homme et la nature. L'usage généralisé de la machine va arracher l'homme à son milieu naturel pour l'introduire dans un autre milieu,  le milieu technique.

 

Le machinisme transforme  en profondeur la condition humaine.

 

 

Alors que l'outil utilisait comme moteur le corps humain, la machine met en oeuvre des forces naturelles que l'on emploie sans les modifier comme par exemple la force animale, la force du vent, celle de l'eau, etc. ... Avec l'ère du machinisme, l'homme  développe des forces industrielles qui décuplent le pouvoir de ces forces naturelles mises en oeuvre dans les processus de production. L'utilisation de la machine à vapeur marque ainsi l'avènement de la révolution industrielle au XIX° siècle. Tandis que les forces naturelles doivent être utilisées là où elles se trouvent, les forces industrielles sont maniables et transportables. L'utilisation de l'électricité à la fin du XIX° siècle  puis de l'énergie atomique au XX° siècle ouvrent à la technique humaine des perspectives qui dépassent l'imagination.

 

 

Désormais la puissance technique  de l'homme sur la nature est devenue incommensurable.

 

L'introduction des machines   permet d'accroître la productivité et d'intensifier les échanges, libérant ainsi une partie de la population mondiale de la nécessité. Elle permet d'améliorer les conditions de travail et d'élever le niveau de développement et de vie de certaines populations.

 

Mais le développement de la civilisation industrielle n'a pas que des avantages.

 

Alors qu'on pensait que l'introduction de machines diminuerait la pénibilité du travail et serait le moyen qui permettrait l'avènement d'une société de loisirs, Marx démontre dès le milieu du XIX° siècle, comment l'introduction des machines dans les processus de production, dégrade les conditions de travail des hommes, massifiant  et déqualifiant le travail, élargissant l'exploitation des travailleurs au travail des femmes et des enfants et aboutissant à la création d'un prolétariat

 

Aujourd'hui l'homme vit dans un monde de machines. Non seulement il a perdu le rapport primordial qu'il avait à la nature, mais il semble aujourd'hui dépassé par les systèmes de machines qu'il a mis en place. Par exemple aucun être humain n'a les capacités de contrôler les opérations effectuées par les ordinateurs en un instant, dans une salle des marchés. 

 

Les moyens-sans-fin et l'ère de la catastrophe

 

Dans les années 1950 Günther Anders  avait déjà réfléchi aux conséquences de l'invention de la bombe atomique sur la condition humaine. Avec l'utilisation de la bombe atomique l'humanité était entrée dans une nouvelle ère, celle des moyens-sans fin, c'est-à-dire des objets techniques qui non seulement n'avaient plus d'utilité à l'échelle humaine, mais risquaient de conduire l'espèce humaine à la catastrophe c'est-à-dire à son anéantissement. Nous sommes, disait Günther Anders, "les premiers des derniers hommes".

 

Aujourd'hui à l'ère du numérique, la vitesse, l'intensification et la globalisation des échanges ne font qu'intensifier ce risque.

 

 

 Liens : M. Heidegger et la question de la technique

           H. Jonas - Une éthique pour la nature

           la distinction entre le travail et l'oeuvre chez H. Arendt

 

mots clés : travail, oeuvre, outil, machine, moyen-sans-fin, catastrophe

Rédigé par Aline Louangvannasy

Publié dans #cours

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Antigua apparel 21/10/2014 14:58

What the heck is this? This is very frightening. I think we should care a lot about the important fact that this could change the lives of people in that area forever. I wish they get a good one after such as disastrous event