L'explication de texte (séries technonlogique) : "Penser c'est dire non", Alain

Publié le 16 Novembre 2021

photographie : Malick Kebe

photographie : Malick Kebe

L'explication de texte dans les séries technologiques se compose d'un texte suivi de questions qui ont pour but de conduire l'explication détaillée et d'amener une réflexion sur le texte.

A. Des questions qui dégagent la logique argumentative du texte.

B. Des questions qui approfondissent la compréhension du texte, en insistant sur les arguments importants et en le travaillant plus en détail.

C. Une question de réflexion qui ouvre une discussion sur le texte.

Cet exercice a été donné pour introduire à la méthode de l'explication de texte.

Texte

|Penser c’est dire non. Remarquer que le signe du oui est d’un homme qui s’endort ; au contraire le réveil secoue la tête et dit non. Non à quoi ? Au monde, au tyran, au prêcheur ? Ce n’est que l’apparence. | En tous ces cas-là, c’est à elle-même qu’elle dit non. Elle rompt l’heureux acquiescement. Elle se sépare d’elle-même, elle combat contre elle-même. Il n’y a pas d’autres combats. Ce qui fait que le monde me trompe par se perspectives, ses brouillards, ses choc détournés, c’est que je consens, c’est que je ne cherche pas autre chose. Et ce qui fait que le tyran est maître de moi, c’est que je respecte au lieu d’examiner. Même une doctrine vraie, elle tombe au faux par cette somnolence. C’est par croire que les hommes sont esclaves. Réfléchir c’est nier ce que l’on croit. |

Qui croit seulement ne sait même plus ce qu’il croit. Qui se contente de sa pensée ne pense plus rien. Je le dis aussi bien pour les choses qui nous entourent. Qu’est-ce que je vois en ouvrant les yeux ? qu’est ce que je verrai si je devais tout croire ? En vérité une sorte de bariolage, et comme une tapisserie incompréhensible. Mais c’est en m’interrogeant sur chaque chose que je la vois. |

Alain (XX° siècle)

 

Explication méthodique du texte

 

 

Correction

A. La logique argumentative du texte

Le thème : penser (l’action de pensée ≠ de la pensée, le produit de l’acte de penser)

Le problème : Qu’est-ce qui définit l’acte de penser ?

La thèse : « Penser c’est dire non. »

Remarques :

  1. Comme la thèse est très courte et très claire on peut citer le texte. Mais généralement il est préférable de reformuler la thèse pour être sûrs que vous avez bien compris l’idée de l’auteur
  2.  Tout le texte a pour fonction de clarifier cette affirmation qui est très énigmatique.

 

Plan de l’argumentation :

  • I° PARTIE (lignes 1 à 3) (dans le Manuel : lignes 1 à 3) : Alain pose la texte du texte : « penser c’est dire non »
  • II° PARTIE (lignes 3 à 9) (dans le Manuel : lignes 3 à 10) : la pensée dit non à la pensée non réfléchie, l’opinion, car cette pensée non réfléchie est avant tout acquiescement, croyance. 
  • III° Partie (lignes 10 à 14) (dans le Manuel lignes 11 à 15) : croire ce n’est pas savoir. Celui croit ne peut pas connaître le monde dans sa vérité.

 

  • Tous ces éléments peuvent prendre la forme d'une introduction à l'explication de texte : Dans cet extrait, Alain se demande : qu'est-ce que penser ? Il répond dès l'ouverture du texte par une formule très énigmatique : "penser c'est dire non". Que veut-il dire par là. Après avoir posé sa thèse dans la première partie (lignes 1 à 3), Alain nous explique que penser véritablement c'est refuser toute forme de pensée irréfléchie qui "acquiesce" sans examiner son fondement (lignes 3 à 10). En effet croire ce n'est jamais savoir (lignes 10 à 14). Nous verrons que cette définition de l'acte de penser nous permet de préciser ce qu'est véritablement la liberté de penser : être libre de penser par soi-même ce n'est pas avoir une opinion, pouvoir penser tout et n'importe quoi, mais c'est juger avec raison.

 

 

B. Questions de compréhension

1°) Pourquoi Alain compare-t-il le oui et le non au sommeil et à l’éveil ? Cette comparaison vous semble-telle efficace pour comprendre le travail de la pensée ?

Pour Alain l’homme qui s’endort est l’homme qui dit oui qui acquiesce ou qui accepte sans réfléchir. Alors que celui qui s’éveille c’est celui qui dit non car il refuse d’emblée ce qui est donnée, évident, qui semble certain et indiscutable. Ainsi l’homme qui s’éveille prend conscience de la nécessité de mettre en question le monde dans lequel il vit. Cette mise en question c’est ce qu’on appelle faire preuve d’esprit critique, qui la définition même du travail de la pensée. L’opposition du sommeil et de l’éveil sont donc tout à fait pertinents pour comprendre le travail de la pensée.

) Expliquez : « en tous ces cas-là, c’est à elle-même que la pensée dit non. Elle rompt l’heureux acquiescement. Elle se sépare d’elle-même. »

REMARQUE : Il s’agit de faire une explication précise et détaillée du texte.

« En tous ces là » : Alain prend trois exemples : le monde, le tyran, le prêcheur. Qu’est-ce que cela signifie ?

  • Le Monde : Si je reprends l’opposition évoquée dans la question précédente l’homme qui s’endort c’est l’homme qui acquiesce à ce qu’il perçoit du monde, sans jamais se poser des questions. Par exemple depuis que je suis né je vois le soleil se lever se matin et se couchez le soir, pour moi cette habitude est devenue une certitude selon laquelle le soleil doit se lever tous les matins et que ce sera comme ça jusqu’à la nuit des temps. L’homme qui s’endort, c’est l’homme qui choisit les préjugés, les opinions toutes faites, l’habitude et parfois l’ignorance.

 

  • Le tyran : l’homme qui s’endort c’est l’homme qui accepte la tyrannie, la domination et l’injustice. Or la tyrannie et l’injustice se sont toujours la négation de la dignité humaine, et de la liberté de pensée qui fonde cette dignité. L’homme qui renonce à son humanité.

 

  • Le prêcheur : le prêcheur c’est celui qui sait nous persuader de la vérité de ses croyances religieuses grâce à son habileté rhétorique. Ces croyances, il nous les présente comme des vérités absolues et indiscutables et qui éteignent tout esprit critique.

Tous nous sommes tentés de « dormir ». Tous nous avons des opinions, des croyances, des certitudes auxquelles nous sommes attachées car elles nous apportent un confort (« heureux acquiescement), elles vont dans le sens de nos intérêts ou de notre plaisir.

Au contraire, l’acte de penser est inconfortable, car il nous demande un effort contre nous-même. Penser, c’est « rompre cet heureux acquiescement », mettre en question nos propres idées, opinions, convictions, certitudes. Si nous voulons nous éveiller, nous devons d’abord penser contre nous-mêmes. En nous-mêmes la pensée comme exercice critique, doit se séparer de la pensée comme simple acceptation (l’opinion ou la croyance).

 

C)  Sujet de réflexion : Pour penser librement, faut-il penser par soi-même.

 

Qu’est-ce que cela veut dire penser librement ou qu’est-ce que la liberté de pensée ? S’agit-il simplement d’avoir sa propre opinion indépendamment de celle d’autrui, sans être influencé par autrui ?

Mais est-ce véritablement possible ? Nous vivons en société, nous avons reçu une éducation et nos opinions, nos pensées sont nécessairement influencées par le milieu dans lequel nous vivons. Est-ce que cela signifierait alors qu’il n’y a donc pas de véritable liberté de penser pour nous en société ?

Or comme nous explique le philosophe Alain, penser ce n’est pas affirmer une opinion, mais c’est faire preuve de sens critique. Celui qui pense c’est celui qui dit non ; c’est celui refuse de considérer les opinions communes, les croyances, comme étant évidentes, données certaines. C’est celui qui en examine la valeur. Critiquer ce n’est pas rejeter comme le pensent certains, c’est examiner, mettre en question.

Comme ces opinions, ces croyances, ces préjugés nous les trouvons d’abord en nous-mêmes, penser c’est d’abord douter de la valeur de ses propres pensées, avant d’examiner celle des autres. Cet examen nécessite de faire preuve de discernement et donc, nécessite l’usage de la raison.

Par conséquent penser par soi-même ce n’est pas penser tout et n’importe quoi, mais c’est se laisser guider par un jugement fondé sur la raison. C’est à cette condition que nous pourrons donner notre assentiment à des idées vraies et justes, que l’on pourra partager avec autrui et qui seront véritablement l’expression de notre liberté de penser.

Nous pouvons donc conclure que pour penser librement, il faut (c’est une exigence morale) penser par soi-même.

 

 

Rédigé par A. L

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