Raison et liberté (Séries technologiques) - Corrigé

L'objectif de l'exercice est de rédiger une explication de texte, les questions servant de guide à la rédaction. L'ensemble doit donc former un tout cohérent. (voir la fiche méthode)

 

 

Question1

Dans son essai, « Réponse à la question : Qu’est-ce que les Lumières ? » publié en 1784 [1] à la veille de la révolution française, Kant part d’un constat : aujourd’hui la grande majorité des hommes vivent dans « un état de tutelle » ou d’hétéronomie  [2] [Thème] contraire à la nature humaine. Qu’est-ce qui explique que l’on en soit arrivé là ? [Question]  Paradoxalement si l’homme est sous tutelle, c’est principalement de son propre fait. En effet, écrit-il, l’homme n’a pas la force – le courage - d’assumer son autonomie [3], il préfère par commodité et lâcheté s’en remettre  à ceux qui décident à sa place. Sa servitude est volontaire [Thèse]. Kant développe sa thèse dans une argumentation en trois étapes. Dans une première partie (lignes 1 à 12) il pose le problème et interpelle son lecteur : la plupart des hommes sont dans un « état de tutelle ». Cette condition est inacceptable. Il faut oser penser par soi-même ! Dans la deuxième partie (lignes 5 à 19) Kant montre que les causes de notre servitude sont de deux ordres : (lignes 5 à 10) elles sont d’abord intérieures à l’homme : son manque de courage, sa paresse et sa lâcheté ; elles sont ensuite extérieures : l’existence de « tuteurs » qui profitent des faiblesses et de la crédulité des hommes. Dans une dernière partie (lignes 19 à 22), il conclut que la servitude est devenue comme une seconde nature pour l’homme ; cela explique que dans son for intérieur l’homme ne désire pas être libre. [Etapes de l’argumentation]

 

 

[1] Mettre le texte dans son contexte historique apporte un éclairage intéressant.

[2] L’hétéronomie est le contraire de l’autonomie. L’autonomie est la capacité de l’homme doté de raison, à se donner ses propres lois et à se régir d’après elles. Pour Kant l’autonomie est synonyme de liberté. Attention - Agir selon ses propres lois ce n'est pas faire tout ce que l'on veut, c'est agir selon les fins que nous prescrit la raison.

[3] Ce qui supposerait qu’il tranche dans le conflit qui oppose la satisfaction de ses désirs et les fins que lui prescrit sa raison en faveur de la raison et de la morale.

Question 2

Expliquez :

  • a) « Paresse et lâcheté sont les causes qui font qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les eux affranchis depuis longtemps d’une conduite étrangère, restent cependant volontiers toute leur vie dans un état de tutelle [1] ; et qui font qu’il est si facile à d’autres de se poser comme leurs tuteurs
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  • Cette phrase expose la thèse du texte,  E. Kant explique quelles sont les causes de l’assujettissement de l’homme.
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  • Pour comprendre  l’intérêt de cette thèse, il nous faut revenir sur l’opinion commune. En effet, nous avons tendance à penser que la servitude est nécessairement involontaire. Personne ne peut raisonnablement vouloir être assujetti par un autre. L’état de tutelle ne peut être que le résultat d’une contrainte extérieure qui s’impose, contre son gré, à la volonté d’un individu ; lequel n’est par conséquent, pas responsable ni de cet état de fait, ni des actions qu’il pourrait faire dans ce cadre.
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  • Kant développe une thèse qui s’oppose à cette opinion.Pour lui ce qui est la cause principale de l’état de tutelle ce n’est pas une force extérieure à la volonté des hommes, mais ce sont bien deux penchants de l’homme lui-même, sa paresse et sa lâcheté, qui font qu’il n’est pas besoin de la force ou de la contrainte pour le dominerqui font qu’il est si facile à d’autres de se poser comme leurs tuteurs »). Cela amène Kant à conclure que les hommes consentent « volontiers » à leur assujettissement. Ils en sont donc responsables.
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  • Le problème pour Kant est de comprendre comment nous avons pu en arriver là ? [2] L’homme est par nature un être qui s’est « affranchi depuis longtemps de toute conduite étrangère ». Ce qu’il veut dire ici, c’est que contrairement aux autres espèces qui agissent conformément à l’instinct ou aux lois de la nature, l’homme possède des capacités, principalement la raison, qui lui permettent de se libérer de la nécessité naturelle et de prendre en main la satisfaction de ses besoins et la réalisation son devenir. Par conséquent ce qui explique les comportements de l’homme (ainsi que son devenir historique) ce ne sont pas les lois de la nature, c’est la volonté ou la liberté humaine. Ce qui nous fait dire que l’essence ou la nature de l’homme - ce qui le définit - c’est la liberté.
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  • Mais si l’essence de l’homme c’est la liberté, comment alors l’homme peut-il consentir à vivre sous la direction/domination d’autrui et par là à nier ce qui constitue son être [3]? Kant donne la réponse dans les phrases qui suivent : Si l’homme est dans un état de tutelle, c’est parce qu’il y trouve un avantage : « il est si commode d’être sous tutelle » [Phrase 5]. Cela lui facilite la vie. Paradoxalement[4] rien n’est plus inconfortable que l’autonomie, rien n’est plus confortable que de pouvoir se déresponsabiliser sur autrui.

 

  • b) « Il ne m’est pas nécessaire de penser dès lors que je peux payer ; d’autres assumeront bien à ma place cette fastidieuse besogne. »
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  • Kant illustre sa thèse par une série d’exemples. Il est plus facile d’être dogmatique : si le livre raisonne pour moi, je n’ai pas à faire d’efforts pour savoir ; si le prêtre ou le directeur de conscience me dit comment je dois agir, je n’ai pas de problèmes moraux à résoudre ; si mon médecin m’indique quelle hygiène de vie je dois avoir pour être en bonne santé, je n’ai pas à me préoccuper des besoins de mon corps. Ainsi tous les aspects de mon existence sont sous le contrôle et la responsabilité d’autrui, je n’ai qu’à me laisser conduire.
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  • Ainsi dès lors que je peux me payer les services d’autrui, je  me facilite la vie. L’argent c’est le pouvoir, l’argent c’est la liberté. Or nous dit Kant, contrairement aux apparences, l’argent ne fait qu’asseoir l’assujettissement de l’individu. Derrière cette remarque se cache une critique de la société toute entière,  nous voyons ici que l’assujettissement de la volonté ne concerne pas simplement ceux qui seraient démunis et qui, obligés de vendre leur travail pour vivre, seraient sous le contrôle des puissants et des possédants. L'assujettissement de la volonté  concerne avant tout ceux qui ont les moyens, ceux sont eux qui sont les plus aliénés dans leur être. [3]

 

  • c) « Il y a même pris goût et il est pour le moment vraiment dans l’incapacité de se servir de son propre entendement parce qu’on ne l’a jamais laissé s’y essayé. »
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  • Les hommes qui ont toujours vécu dans l’ignorance de leur véritable nature (la raison et la liberté) ne sont pas malheureux de vivre sous tutelle. Ils pensent même qu’il est naturel que certains décident et d’autres obéissent. Ceux qui commandent, comme le montre Kant dans le texte,sont persuadés qu’ils le font pour le bien de ceux qui leur obéissent. Ceux qui obéissent sont persuadés qu’ils ne pourraient vivre sans la direction d’autrui. Ils nous rappellent les prisonniers de la caverne de Platon.
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  • Mais, nous dit Kant, rien n’est moins naturel que cet état de tutelle. Si les hommes sont asservis, ce n’est pas parce que c’est dans leur nature, c’est le résultat des circonstances historiques. En effet si les hommes se décidaient à user de leur raison pour réaliser leur nature véritable (la liberté), ils pourraient changer les choses.
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  • Kant souligne qu’il lui semble cependant très difficile pour un individu seul de se défaire d’une telle représentation de la société et de lui-même. Les changements ne sont donc possibles que s’ils affectent la société toute entière. Son propos est profondément subversif, car ce qu’il s’agit de mettre en question et de bouleverser, c’est le fondement de l’ordre social lui-même. En effet, dans cette critique Kant remet en question le modèle politique sur lequel repose la monarchie absolutiste du XVIII° siècle. Pour les théoriciens qui défendent la monarchie, le souverain, né pour gouverner, est comme un père pour ses sujets, qui eux sont nés pour obéir.[5]
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  • Comme il l’a annoncé au début du texte, Kant est un penseur des Lumières. Il est convaincu que l’instruction des peuples, la diffusion des savoirs, le développement de l’esprit critique, conduiront à l’émancipation des peuples et des individus. C’est pour cela que dans ce texte Kant effectue un travail critique qui révèle les mécanismes de la domination idéologique des individus, afin de les amener à une prise de conscience et de les « oser faire usage de leur entendement ».
 

[1]« L’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d’un autre », E. Kant

[2] Rappelons-nous la phrase de J.J. Rousseau qui ouvre le Contrat social : « L’homme est né libre et partout il est dans les fers ». Kant s’inscrit dans la même problématique.

[3] L’homme sous tutelle qui renonce à faire usage de sa capacité de penser (de son entendement) et qui renonce à sa liberté par conséquent, est étranger à lui-même, c’est un être aliéné, dirait Marx.

[4] Ce qui s’oppose à l’opinion commune (doxa).

[5] Ce qui nous permet de comprendre l'intérêt de la métaphore de l’enfant apprenant à marcher, utilisée par Kant.

Question 3 -  Penser demande -t-il du courage ?

Rédigé par Aline Louangvannasy

Publié dans #Explications de texte, #Séries technologiques

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