Introduction : Qu'est-ce que la philosophie ?

Publié le 8 Octobre 2016

(DoYeon Gwon, November, Dictionnary of Notions)

(DoYeon Gwon, November, Dictionnary of Notions)

 

     Qu'est-ce que la philosophie ? C’est la question que se pose tout élève de terminale qui entre pour la première fois en cours de philosophie. Répondre simplement à cette question semble bien difficile.

Bien que l'on constate aujourd’hui un engouement croissant du grand public pour la philosophie, l'enseignement philosophique semble cependant coupé du monde et rester confiné dans les sphères élitistes et spécialisées du monde universitaire.

La philosophie semble résister à toute définition qui fasse consensus. Certains veulent en faire une science, d’autres l’apparentent à la poésie, d’autre encore à l’idéologie, à une thérapie voire à une autobiographie. Nous verrons tout au long de l’année, que tous ces éléments sont présents dans « la bonne philosophie » (cf. Richard Shusterman, Vivre la philosophie, Ed. Klincksiek, Paris 2001)

« De nos jours, il y a bien des gens qui enseignent la philosophie, mais il n’y a pas de philosophes. Il s’agit pourtant d’un métier admirable, car la vie philosophique le fut autrefois ».

David Thoreau, Walden

   L'institutionnalisation de la philosophie au lycée et à l'université sous la forme d'un enseignement transmis par un professeur à des élèves ou des étudiants alimente la confusion entre philosopher et faire de l'histoire de la philosophie. Comprendre cette distinction est très importante en ce qui nous concerne. Au lycée l'exercice philosophique n'exige pas des élèves de terminale de connaître de façon exhaustive les systèmes de pensée des différents auteurs rencontrés dans l'année.

Il s'agit au contraire d'apprendre à poser un problème pour tenter de le résoudre par soi-même (ou si l'on considère l'explication de texte, d'être capable de repérer un problème et de montrer comment un auteur tente de le résoudre pour ensuite débattre avec l'auteur).

Nous verrons cependant que "penser par soi-même" ce n'est affirmer tout et n'importe quoi, n'importe comment. Bien que nous puissions avoir des opinions différentes et divergences d'opinions en ce qui concerne les problèmes qui se posent à nous, toutes n'ont pas la même valeur. C'est pour cela que philosopher nécessite dans un premier temps de mettre en question la valeur de nos propres opinions.

Définir.

La question "qu'est-ce que la philosophie ? " exige  un travail de définition. Mais qu'est-ce qu'une définition ?

 

La définition

Etymologie :

  1. Latin definitio dérivé du verbe definire : « action de déterminer, de fixer des limites » ; définir : délimiter
  2. « Faire connaître ce qu’est une chose »

Il existe deux type de définitions :

La définition lexicale - Habituellement nous utilisons le mot définition pour décrire le plus fidèlement possible les multiples emplois d’un même terme tels qu’on les retrouve dans la langue courante.

Ces définitions lexicales ont été établies par convention : elles sont le résultat de décisions volontaires prises à la suite de l’usage qui a été fait d’un mot. Il y a donc en elle quelque chose d’arbitraire (par opposition à ce qui est par nature ou ce qui représente objectivement le réel).

 

La définition essentielle, au contraire des définitions établies par convention, vise à décrire la nature objective des choses. Ce type de définition est utilisé dans les sciences et en philosophie. Les scientifiques et les philosophes ne s’intéressent pas aux sens ordinaires des mots ; ils n’ont pas besoin de définition lexicales. Ce qu’ils veulent c’est définir la nature intrinsèque des choses pour rendre compte objectivement de la réalité.

 

Définir la philosophie ce serait la délimiter, borner son champ d'investigation afin d'en déterminer "l'essence", afin de dire ce qu'elle est. Comment procéder ?

Si on considère d'autres domaines du savoir comme les sciences, nous observons que chacune d'entre elles, est délimitée par l'objet sur lequel elle porte : par exemple la biologie est la science (logos) qui porte sur les phénomènes de la vie (bios), la sociologie est la science qui porte sur les phénomènes sociaux, la psychologie, la science qui porte surles phénomènes psychiques, etc... Peut-on faire la même chose avec la philosophie ? La philosophie possède-t-elle un objet en propre qui la définit ?

Or si on lit le programme de terminale de cette année nous sommes bien embarrassés car il semble bien difficile de trouver un objet spécifique à la philosophie. La philosophie peut traiter aussi bien de la vie, que des sociétés , que du psychisme, etc... Nous pourrions alors penser que la philosophie manque de sérieux, qu'elle est "sans objet". Elle ne serait alors qu'un bavardage portant sur tout et n'importe quoi, puisqu'elle ne possède pas d'objet particulier qui la définisse comme un savoir de, au même titre que les sciences.

On peut aussi se dire que si la philosophie a l'air si hétéroclite dans ses centres d'intérêts, ce n'est peut-être pas parce qu'elle poursuit un objet particulier, distinct de tous les autres, mais parce qu'elle considère chaque objet dans sa relation à tous les autres. Ce qui intéresse la philosophie c'est l'ensemble de tous les objets, de tout ce qui existe, ce que l'on appelle la réalité.

 

Penser la réalité.

 

Si le réel est par définition tout ce qui est, la première question de la philosophie sera de se demander qu'est-ce que cela signifie "être" ?

La réponse à cette question ne va pas de soi car si l'on se fie à notre expérience, il y a toutes sortes de réalités dans le monde toutes aussi disparates les unes que les autres. Malgré cette diversité apparente, existe-t-il un fond commun à tout ce qui est ? Qu'est-ce qui fonde l'être ? Qu'est-ce qui porte l'être à l'existence ? "Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? " (Leibniz, Principes de la nature et de la grâce, 1740)

Les réponses a ces questions ont été très nombreuses. L'une des plus ancienne est celle de Thalès qui pensait que l'eau est au principe de toutes choses. Pour d'autres philosophes ce sera le feu, l'air, l'atome ou encore l'esprit qui seront au principe de ce qui est. Toutes ces réponses ont en commun de poser l'existence d'une réalité unique composant le monde et possédant la propriété d'être la source de tout ce qui existe. L'objet de la philosophie serait alors d'accéder à cette réalité, " d'accéder aux choses mêmes " (Husserl, Merleau-Ponty).

Pour accéder à ce qui est, il est nécessaire de mettre en question notre expérience du réel, qu'elle soit sensible ou intellectuelle et de se demander : Qu'est-ce que cela veut dire penser ce qui est ?

Comment penser notre expérience, comment penser le fait même de penser ?

 

La pensée humaine se caractérise par la séparation du sujet pensant et de l'objet pensé. Tout ce qui est objet de pensée est pensé par le sujet comme une réalité extérieure se tenant comme "jetée devant lui " (ob-jectare). Même lorsque nous nous prenons nous même comme objet de nos pensées, nous considérons toujours quelque chose qui serait autre que nous.

Je est un autre.

A. Rimbaud, Lettre du Voyant, 15 mai 1871

Il semblerait qu'il y ait pour l'homme une impossibilité à se saisir dans ce qu'il est : un sujet pensant.

Toutes ces pensées ou ces (re)présentations de ce qui est, font du réel un objet sur lequel je suis braqué même lorsque je me prend comme objet de mes pensées. Ce faisant elles risquent de passer à côté de l'expérience qui fonde notre vie consciente, à savoir l'expérience de la subjectivité qui fait elle aussi partie de l'être.

 

Pour penser ce qui est, il nous faudra donc dépasser la scission de l'être entre un sujet et un objet.

Même si je me prends comme objet de mes pensées, l'existence de cet objet de pensée dépend de l'existence d'un moi pensant qui est la condition préalable à tout processus d'objectivation. Sans sujet pensant il n'y a donc pas d'objet pensé, mais sans objet pensé, posé dans son extériorité et sa séparation d'avec moi, il n'y a pas de sujet pensant.

Ainsi le sujet et l'objet ne s'opposent pas comme deux pôles irréductibles. Ils forment un tout qui "englobe" (Karl Jaspers) chaque chose. Chaque être, ne peut avoir d'existence, que sur le fond de la relation sujet-objet. L'homme ne fait pas exception.

L'être en tant que totalité englobante n'est donc ni objet, ni sujet de la pensée. Il est au-delà des distinctions, il est transcendance. Il ne pourrait être saisi que si la scission sujet/objet pouvait être annulée. Or lever une telle séparation est impossible pour l'esprit humain.

C'est pour cela que l'être en tant que totalité englobante - qui est tout ce en quoi et par quoi nous sommes - n'est que l'horizon vers lequel tend et se déploie la pensée.

 

 

L'objet de la philosophie enveloppe ce qui est au- delà de l'expérience. Le philosophe est donc d'abord et avant tout, métaphysicien. La métaphysique ne peut être une science, car aucune science n'a affaire à ce qui est au-delà de l'expérience.

Marcel Conche, Quelle philosophie pour demain ? 2003

Rédigé par Aline Louangvannasy

Publié dans #Cours, #philosophie

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Mohamed diallo 02/12/2016 15:26

Vraiment je comprend très bien

solome 23/10/2016 10:20

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DJAMANI 21/10/2016 20:23

Refuser d'attribuer à l'afrique l'origine de la philosophie est semblable à l'acte de refuser la fièvre au paludisme ou la fumée au feu car l'afrique est le berceau de l'humanité et une chose ne peut pas être le berceau d'une autre chose sans être le berceau des caracteristiques de cette autre chose.

philo Blog 21/10/2016 21:22

Bonjour Djamani, il n'y a aucun refus dans le fait de localiser la naissance d'une certaine façon de penser le monde sur les rives de l'Asie Mineure. Il existait d'ailleurs à la même époque d'autres pensées d'une grande richesse . Il s'agit juste de revenir aux origines de la pensée occidentale, pensée qui a ensuite "colonisé" le reste de la planète (malheureusement le cours reste dans le cadre du programme de terminale du baccalauréat français) . Personne ne nie que le continent africain ait donné naissance à de grands penseurs. Je pense par exemple à Augustin, parmi d'autres.