Explication de texte (filières générales) : "l'essence de la philosophie c'est la recherche de la vérité" Karl Jaspers

Publié le 8 Octobre 2016

(Alexandre Chaplier, Rabat)

(Alexandre Chaplier, Rabat)

Lors de la première lecture il nous faut dégager

- (1) Le thème ( de quoi par le thème en général indépendamment du point de vue de l'auteur. Il n'y a qu'un seul thème principal par texte)

- (2) La question ou le problème soulevé par le texte (la question porte sur le thème)

- (3) La thèse du texte (la thèse est la répone à la question posée)

- (4) Le plan du texte (les étapes de l'argumentation)

 

Tous ces éléments seront utiles pour rédiger l'introduction.

L'objectif de l'introduction est de présenter l'explication de texte. Il faut donc présenter synthétiquement la thèse et la structure générale du texte et annoncer la discussion à venir.

- (5) L'annonce de la discussion : Pour l'instant nous n'en sommes qu'au début de l'année nous n'avons pas assez de connaissances pour "critiquer" (examiner la valeur de) la thèse.

Corrigé de l’introduction

Comment définir aujourd'hui la philosophie ? (1) (2). Pour Karl Jaspers "l’essence de la philosophie c’est la recherche de la vérité" (3). Son argumentation se divise en trois parties (4) : Dans la première partie (lignes 1 à 3) Karl Jaspers définit ce qu’est un philosophe au sens étymologique du terme, pour en déduire dans la deuxième partie (lignes 3 à 7) la thèse du texte. Cette définition de la philosophie nous permet alors de comprendre dans la troisième partie (lignes 7 à 10) l’importance du questionnement en philosophie.

Mais si la philosophie est par définition quête et non possession de la vérité, il nous faut alors nous demander si cette vérité n’est pas un idéal inaccessible à atteindre et s’il n’y a pas un risque pour le philosophe de se retrouver condamné au scepticisme ? Comment le philosophe peut-il atteindre véritablement le savoir ?(5)

Explication détaillée du texte

 

L'explication détaillée est linéaire. Elle soit strictement l'ordre d'exposition des idées. Le texte est un texte argumentatif l'ordre des arguments a son importance.

 

Phrase 1 - Le mot grec « philosophe » (philosophos) est formé par opposition à sophos.

Dans la première phrase du texte, Karl Jaspers se propose de définir ce qu’est un philosophe. Pour cela il se base sur l’étymologie grecque du mot, « philosophos », qu’il oppose paradoxalement à un mot qui semble pourtant de la même famille, « sophos », lequel désigne le savant.

 

Phrase 2  - Il désigne celui qui aime le savoir, par différence avec celui qui possédant le savoir, se nomme savant.

La deuxième phrase précise le contenu de cette opposition[1]. Karl Jaspers reprend ici la définition platonicienne du philosophe : le philosophe, c’est celui qui « aime le savoir », qui le désire parce qu’il ne le possède pas, se distinguant ainsi du savant qui lui possède le savoir et donc ne le désire pas. Cela voudrait-il alors  dire que le philosophe est un ignorant ? En effet, par définition l’ignorant ne possède aucun savoir, il ne sait rien. Il ne sait même pas qu’il est ignorant et de ce fait, il se pense savant. Cela explique que, pas davantage que le savant, l’ignorant ne recherche le savoir. L’ignorant n’est pas philosophe. Le philosophe n’est donc ni un ignorant, ni un savant. Il est, comme le montre Platon dans Le Banquet, à mi-chemin entre les deux. Le philosophe se définit dans un rapport particulier au savoir : il est celui qui désire savoir car, comme Socrate, il ne sait qu’une chose, c’est qu’il ne sait pas.

Le philosophe c’est donc concrètement celui qui accepte de n’avoir aucune certitude, de ne rien considérer, comme évident, comme donné ou comme vrai. Comme l’écrivait Aristote, « philosopher, c’est s’étonner ». C’est de cet étonnement premier que naît le désir de savoir, que naît la philosophie.

 

Phrase 3 Ce sens persiste encore aujourd’hui : l’essence de la philosophie, c’est la recherche de la vérité, non sa possession, même si elle se trahit elle-même, comme il arrive souvent jusqu’à dégénérer en dogmatisme, en un savoir mis en formule, définitif, complet, transmissible par l’enseignement.

La philosophie se définit donc comme « la recherche de la vérité et non sa possession ». Si Karl Jaspers éprouve le besoin de le rappeler c’est qu’aujourd’hui, rien n’est moins évident. Son propos dans ce texte est en fait, d’opérer une critique de ce qu’est la philosophie aujourd’hui. D’une part dans nos sociétés contemporaines, la philosophie est devenue pour une très large part, une pratique institutionnelle, un enseignement délivré au lycée ou à l’université. Comme l’écrivait déjà David Thoreau au XIX° siècle, dans son Journal, « Aujourd’hui il n’y a plus de philosophes, il n’y a que des professeurs de philosophie ». D’autre part notre société a tendance à pense que seules les sciences ont leur mot à dire en matière de vérité et, malheureusement, même la philosophie n’échappe pas à cette tendance en ayant la prétention de pouvoir se construire sur le modèle de la science.

La philosophie se présente alors sous la forme d’un savoir figé, transmissible, que l’on se contente d’apprendre ou de posséder. C’est là pour Karl Jasper une véritable « trahison », une négation de l’essence même de la philosophie ; car philosopher c’est penser par soi-même, c’est construire et fonder, en faisant usage de sa raison, un savoir sur ce qui est. Ce n’est pas apprendre un savoir déjà constitué par d’autres. Or la philosophie n’est plus pour nous que possession d’un savoir, elle est devenue dogmatique, elle ne pense plus. Si Karl Jaspers fait un tel constat c’est pour nous inviter à revenir au sens originel de l’activité philosophique, c’est pour nous inviter à nous étonner, à ne tenir rien pour certain ou évident. C’est pour nous inviter à penser.

Phrase 4 Faire de la philosophie c’est être en route.

Philosopher c’est être en toujours en mouvement, c’est voyager. La définition de la philosophie pour Karl Jaspers a une dimension existentielle dans le sens où elle ne se limite pas à un exercice intellectuel, mais elle est aussi une pratique qui engage le philosophe dans son tout être. On retrouve à nouveau le sens originel, grec, de la philosophie. De la même façon que tout voyage possède une dimension initiatique qui transforme le voyageur au plus profond de lui-même, le travail de la pensée transforme le regard du philosophe sur le monde et le regard qu’il a sur lui-même. Cette conversion du regard transforme sa manière d’être au monde. Ainsi philosopher c’est avant tout vivre en philosophe.

 

Phrase 5 Les questions en philosophie sont plus essentielles que les réponses.

Nous pouvons alors mesurer l’importance du questionnement dans le travail de la pensée. Philosopher c’est « désirer le savoir », par conséquent accepter de ne pas savoir. Le philosophe refusera donc ce qui est donné : les certitudes, les évidences, les préjugés. Il sera d’abord dans le questionnement de ce qu’il pense savoir. La philosophie se définit donc non pas par sa capacité de répondre, de produire des connaissances achevées et définitives, mais par un certain un rapport au savoir qui consiste dans une mise en question permanente de ce savoir. Questionner ce n’est pas simplement adopter une méthode dans le but de produire des connaissances théoriques, c’est avant tout adopter une position existentielle : la philosophie est une pratique, une manière d’être au monde.

 

[1] Je veille à construire des liens entre les différentes phrases ou les différentes parties du texte. Il est très important de ne pas oublier de mettre en lumière la cohérence d’ensemble du texte.

Rédigé par Aline Louangvannasy

Publié dans #philosophie, #explication de texte

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